Les chiffres clefs de la traversée |
Nombre d'heures moteur | 0 |
Temps du parcours | 23 jours |
Longueur du parcours | 2260 milles nautiques |
Vitesse moyenne | 3,7 noeuds |
PoissonS pêchéS | 1 petite bonite |
Distance des Sables d'Olone | 3080 MN |
Maldives ---> Djibouti : La traverse de tous les records !
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Lundi 21 février, départ des Maldives.
Nous laissons Jo et Caro devant l’ile de Hanimaadhoo, et alors que nous étions dans l’eau les coast guards sont arrivés pour nous inviter a partir, car nous avions déjà fait nos papiers de départ a Uligamu… et n’avons pas le droit de stationner ici… Sans attendre nous remontons dans le bateau et l’ancre est aussitôt à bord !
Au premier coucher de soleil de la traversée, un banc d’environs 10 gros dauphins gris viennent jouer avec l’étrave du bateau. Ils sautent et jouent sur les deux bords… ceci est d’un bon présage, pensons-nous !
Jusqu’à mercredi, le vent très faible est contraire. Nous louvoyons à petite allure et n’avançons pas beaucoup sur la route, étant donnés nos zigzags.
De mercredi à dimanche, le vent est moyen mais passe plus de travers (10-12 nds), nous faisons bon cap ! C’est déjà mieux !
Dimanche : Nous pêchons notre premier poisson, il n'est pas bien gros, c'est une bonite mais il réconforte l'équipage. Le vent forcit (17 nds) et nous filons entre 6 et 7 nœuds.
Les nuits sont de plus en plus fraiches. Nous obligeant à ressortir les polaires, la température intérieur descend en deca de 24 C. Dehors, avec le vent celle-ci doit plafonner à moins de 20 C, nous montons vers le nord.
Lundi soir, minuit : Le vent tombe subitement.
La pétole dure deux jours. Et c’est bien long… Sans moteur nous prenons notre mal en patience !
La nuit, alors que la lune est noire, nous profitons des nuits très étoilées ou les étoiles filantes sont de plus en plus nombreuses. En plus du spectacle étoilé nous apprécions la vue nocturne du plancton incroyablement phosphorescent. Les vaguent aidant, parfois la gerbe d’eau produite devant l’étrave éclaire le génois à l’avant.
Certain jours, au lever du soleil, nous découvrons des milliards de minuscules méduses (petites charlottes ou filaments vraiment hideux). Elles restent en surfaces et mangent probablement le plancton qui s’y trouve !
Mais lorsque nous nous apercevons qu’elles ont pratiquement disparus, cela nous encourage a se baigner un peu dans le grand bleu limpide du large, puisque depuis un certain temps maintenant nous peinons à dépasser les 2 nœuds (sous rafales).
Mercredi : le vent revient le soir mais retombe très vite après quelques heures.
Cette pétole dure jusqu’au vendredi suivant… encore deux jours sans vent.
Vendredi 4 mars : retour du vent à 13-14 nds de travers et sommes à la mi-parcours seulement après tous ces jours sans vent… et privés de moteur…
Samedi 5, nous changeons d’heure, passons de UTC +5 à +4 alors qu’il semble que le vent soit parti en week-end. Il nous a lâché pendant la nuit et ne décolle pas de 3 nœuds grand maximum… Vers midi, nous faisons du sur-place.
Dimanche 6, le vent faiblit dans la journée en passant complètement arrière et revient de travers en fin d’après-midi. Cela fait une semaine que nous avons pris notre seul poisson, nous sommes en attente du suivant…
malheureusement, il n'y aura pas...
Lundi Matin vers 9 h, une série de 4 cargos se suivent et nous dépassent a notre bâbord.
Mardi 8, le soleil se lève sous une petite couche nuageuse qui se dissimule au cours de la matinée.
Depuis dimanche, le vent tient ne nous a pas fait faux bond… nous croisons les doigts.
Mercredi 9, la nuit dernière, à 600 miles de l’arrivée, nous avons atteint le chenal (virtuel) des cargos, sensé être sécurise en ce qui concerne les actes de pirateries. Nous nous trouvons au milieu de deux grandes routes à cargo. Cet entre-chenal est large de 2 milles, ce qui nous laisse de la place pour naviguer paisiblement en observant les cargos nous dépasser au loin. Malheureusement, de nuit, certains d’entre eux éteignent leurs feux en nous approchant. Nous pensons qu’ils nous confondent avec des petits bateaux de pirates, puisque sur un radar, nous renvoyons un écho de petit bateau, ni plus ni moins.
Question pêche, toujours rien et cela commence à nous agacer sérieusement.
De plus, le vent, qui soufflait entre 10 et 15 nœuds depuis quelques jours, s’affaiblit en fin de journée, mercredi, notre moyenne chute entre 2 et 3 nœuds… pas terrible!
De nuit, nous croisons un premier convoi d’une dizaine de cargos, censé éviter les attaques de pirates.
C’est le lendemain, alors que le vent n’a pas faibli que nous observons un convoi un peu plus important (plus de 15 cargos). Il est précédé d’une frégate et une seconde ferme la marche, cette dernière, un navire japonais confirmera à la première que le petit bateau au loin (qovop) est un voilier et non une cible potentielle (« possible target »), comme il a été clairement dit quelques dizaine de minutes plus tôt à la VHF… NE TIREZ PAS, NOUS NE SOMMES PAS DES PIRATES !
Toutefois, pour ne pas éveiller les éventuels pirates qui peuvent écouter les conversations, nous restons muets alors que les « war-ship » discutent à la radio (sans néanmoins nous appeler).
La nuit, le vent souffle généralement plus fort, avec environ 17 nœuds de vents, nous naviguons à 5,5 nœuds.
Samedi 12 mars, une frégate indienne viendra nous rendre visite après avoir discuté avec un navire militaire nippon, ils décident de nous rendre une petite visite de courtoisie. En approche sur notre tribord, ils nous questionnent sur notre origine, notre destination et plus tard, alors qu'ils nous contournent par la poupe et se trouvent maintenant à 100 mètres sur bâbord, un indien discutera même en français. Avec brio, il nous demande si nous avons de quoi nous défendre en cas d’attaque, ‘nous avons les fusils de chasse sous-marine’ lui répondrons-nous.
‘Ah bon, faites attention alors et si vous apercevez des navires suspects appelez-nous sur le canal 16 ou 71’.
‘Merci et au revoir’ ! (out)
Vers minuit, un cargo en approche nous prend pour un bateau ennemi, tous feux éteints, qovop passe généralement inaperçu, excepté sur le radar. D’habitude, les cargos nous voyant au milieu des deux chenaux, continue leur route et nous passent à environ 2 miles nautiques.
Mais celui-ci appelle un ‘war ship’ avant même de nous contacter. Nous ne comprenons pas tout de suite ce qu’il se passe. Ensuite il vient en notre direction (hors de son chenal) et nous appelle en donnant notre position, notre cap et notre vitesse. Malgré deux tentatives, celui-ci n’entend apparemment pas nos réponses. Alors que nous nous approchons, il fait mine de reprendre sa route mais reste finalement en stand-by a notre bâbord. Quand nous approchons à 1 MN, il allume toute une rampe de projecteur sur son flanc, craignant probablement une attaque. C’est alors que nous apercevons un navire en approche sur tribord. Il est rapide et se présente comme une frégate européenne. Il nous demandera d’allumer nos feux de positions (ce qui ne nous enchante guère car nous sommes alors en vue de tout le monde).
Cependant, notre interlocuteur (anglais) nous signale qu’ils vont nous suivre au radar jusqu’à la sortie du chenal.
Pendant près de 4 heures, presque jusqu’au lever du jour, il restera à portée de vue avant de disparaitre, probablement appelé par un cargo pour investigation de petit navire suspect.
En effet, au milieu des jumbos, nous sommes souvent pris pour cible car nous bougeons à faible allure et surtout, nous sommes de la taille d’un skiff de pirate !
Dimanche soir, le vent meurt totalement. L’anémomètre affiche 0 nœud. Seul le courant nous emmène vers Djibouti, à 1 nœud.
Lundi, la pétole nous irrite sérieusement ! Toujours à un nœud, nous atteignons l’avant dernier waypoint, symbolisant la sortie du chenal à cargo. Il nous reste 110 MN à parcourir. Ce n’est pas gagné !
Cela fait 21 jours que nous sommes partis des Maldives, ce qui signe un nouveau record de traversée. 21 jours a été jusqu’alors le temps de notre plus longue traversée, celle du Pacifique ! Mais on est loin des 3000 miles parcourus… nous en sommes par ailleurs à 2100 MN, signifiant par la même un record de lenteur !
Dans l’après-midi alors que le courant nous pousse toujours à 1 nœud et que la mer ressemble à un miroir, nous avons le plaisir d’apercevoir une petite daurade coryphène passer sous le bateau et plus tard alors que des petits crabes nagent en surface, un marlin viendra nous narguer en sautant à 20 mètres devant notre étrave. Naturellement à cette vitesse, aucun espoir qu’un poisson vienne mordre aux leurres. Et leur passage étant plus rapide que nous, ils disparaissent avant que l’idée nous vienne de sauter à l’eau, arme au poing !
Ah oui, un autre triste record : Celui du nombre de poisson(s) pêchés… une bonite, c’est très maigre !
Après ces observations, ce sont deux avions de chasses qui viendront nous rendre visite. Vers 17 h, ils viennent tourner plusieurs fois autour du bateau. Nous les saluons en levant les bras au ciel et ceux-ci nous rendrons hommage en virevoltant de très près, nous pouvions ainsi apercevoir les deux silhouettes des pilotes dans chaque avion. L’un fait mine de battre des ailes et se met sur le coté afin que nous puissions voir le cockpit et à la même seconde son poursuivant mettra un coup de gaz en tournoyant et doublant l’avion de tête avant de disparaitre !
Jolie spectacle et ce n’est pas fini !
A la tombée du jour vers 19 h, alors qu’un cargo nous dépasse a 3-400 mètres a tribord, les chasseurs, probablement américains, trouvent un nouveau terrain de jeu. Alors que le vent commence à se lever enfin (6 nœuds), Baptiste changeant les voiles à l’avant les entend arriver.
Les voilà qui arrivent, se laissant tomber (en silence) comme pour se poser sur la mer entre nous et le cargo avant de remettre les gaz dans un raffut monumental et remonter en flèche dans les cieux.
L’un à la suite de l’autre ils feront l’exercice 4 ou 5 fois chacun ! !
Au moins ces quatre pilotes auront égaillé notre soirée !
Mardi au petit matin, Manu est à la barre et reçoit deux goutte d’eau pas plus, histoire de mettre quelques gouttes sur le bulbe du compas. Le vent a été très faible toute la nuit, mais nous a permis d’avancer à 2,5 nœuds. Djibouti n’est plus qu’à 60 miles.
Pour en revenir à la pluie… ces deux gouttes représentent la seule et unique ondée depuis le départ, il y a plus de trois semaines !
Cela signe un nouveau record : de sècheresse bien entendu.
60 milles, c’est en temps normal 12 heures de trajet pour qovop… mais toute la nuit et le jour qui suivent, le vent est nul. De nuit, nous apercevons le halo de la ville de Djibouti sans vraiment avoir le sentiment de se rapprocher…
Mercredi matin au réveil, nous sommes encore a 10 miles nautiques… et nous resterons bloqués toute la journée devant les iles de Mucha avançant a très faible allure nous passons finalement les cargos au mouillage.
Mais fort heureusement, vers 15-16 h le vent monte finalement… nous effectuerons nos 5 derniers miles en une heure…
Nous naviguons à la voile au milieu du port de commerce et ses cargos avant de jeter l’ancre près d’un ponton ou de petits bateaux sont amarrés. Seul un voilier est poupe au ponton flottant. Nous jetterons l’ancre non loin de là.
Pressés de toucher terre après ces 23 jours en mer, nous nous approchons avec le dinghy.
En arrivant près du voilier bleu (Alias Quest), nous apercevons des impacts de balles un peu partout dans le cockpit et dans les vitres de sa cabine. Nous comprenons que quelque chose de grave s’est passé. Nous demandons à un local qui rentrait juste en bateau, il nous informe qu’il s’agit d’une attaque de pirates qui a mal tournée il y a environ deux semaines. Quatre américains ont perdu la vie ainsi que deux pirates dans la contre-attaque de l’US Navy. Nous apprendrons par la suite que 14 pirates sont déjà en jugement aux US suite à cette même attaque sur le voilier.
Nous apprendrons également que plusieurs autres attaques ou prises d'otages ont eu lieu pendant notre croisière d’une lenteur exceptionnelle dans ces eaux infestées d’ennemis.
Nous nous estimons heureux et surtout chanceux d’être passé entre les mailles du filet. Il nous semble maintenant que nous avons très bien fait de suivre l’entre-chenal des cargos sécurisés par les différentes armées.
Le ponton sur lequel nous avons posé le dinghy est dans une zone militaire, nous ramerons donc plus loin. Ici, il n’y a pas de yacht club et nous comprenons que l’escale va être difficile… il nous faut lever le bateau afin de réparer la transmission et il n’y a aucune infrastructure pour ça.
Le soir même de notre arrive, nous irons en ville, visiter et repérer les bons coins. Nous passerons par un magasin nous acheter un peu de bonne viande de bœuf éthiopien (très réputé dans la région).
Ici c’est l’Afrique et en centre-ville nous nous faisons assaillir par des dizaines de marchands en tout genre, lunettes, briquets géants, cigarettes etc. Nous ne resterons donc pas longtemps dans le centre et irons vite déguster le bœuf éthiopien accompagné de quelques pâtes au bateau.
Le lendemain matin, nous partons pour faire les papiers.
Arrivés a un autre quai, la Gendarmerie nous annonce que nous ne pourrons pas rentrer dans la zone portuaire ou se trouvent les administrations (immigrations, service des ports). Le seul moyen est d’y aller par bateau, sans moteur avec notre petite annexe, ça nous fait un peu loin… Une barque de la Gendarmerie nous emmène de l’autre côté.
En quelques heures, les papiers et les problèmes de visas seront réglés… Nous avions lu qu’en tant que ressortissants français, nous n’avions pas besoin de visa, mais cette info est erronée, il nous faut payer 30 USD chacun (soit 5000 francs de Djibouti). Pendant que Bat ira retirer la somme en ville Manu et Will iront discuter avec la marine française qui pourra surement nous donner de bons tuyaux pour « comment et où remonter le voilier ??»… Accueillis sur une Dague française non loin du bureau de l’immigration, Manu et Will ont droit à une visite guidée du navire.
Ensuite, Djibouti se résumera à aller faire des tours en ville, quelques courses avec des bons produits français dans les magasins et aussi et surtout aller voir les contacts que les uns et les autres nous ont donnés. Le foyer Marabout, un foyer de la marine française sera notre QG en ce qui concerne la connexion internet et nos recherches. En effet, nous ferons connaissance avec les militaires qui vivent sur place dès notre première soirée à terre. Nous sommes le jeudi 17 mars, c’est la St Patrick et c’est aussi l’anniversaire de Ben un des marins français (mécano hors-bord) qui regardera d’ailleurs le carburateur de notre petit Yamaha en panne depuis des lustres.
Ici, la population est musulmane, du coup le vendredi personne ne travaille et nous décidons de rester au bateau ce jour-là.
Samedi, un militaire nous donne le contact d’une boite de service maritime et plongée tenu par un français, nous irons lui rendre visite dès le lendemain. Son équipe nous accueille, un mécano hollandais s’intéresse à notre panne et nous suggère de commander certaines pièces avant même de lever le bateau. Habitué des Sail-drive Volvo, il pense savoir quelles pièces sont cassées.
Ensuite le patron nous reçoit dans son bureau et il connait une grue capable de lever notre voilier. L’utilisant très régulièrement, il nous propose de passer par lui pour bénéficier de ses tarifs préférentiels… Cool !
En revanche un problème se pose, personne ne peut nous dire où il est possible de mettre le bateau a terre… car les seuls endroits capables d’accueillir notre voilier sont situés dans des zones militaires. Nous revenons au Foyer de la Marine et les militaires nous conseillent d’aller voir le consulat sur place, car ils veulent bien nous aider, mais il faut que l’ordre soit donné par leur hiérarchie… On ne fait pas n’importe quoi avec les infrastructures militaires.
C’est ce que nous faisons dès le lendemain, la visite au Consulat se résume à l’explication de notre problème à la secrétaire. après quelques coups de téléphones au consul adjoint, elle nous annonce que le message est passé et qu’il devrait nous appeler pour nous dire. Nous croisons les doigts.
Deux jours plus tard, le consulat nous renvoie vers l’ambassade, qui nous renvoie vers la marine française… Nous allons donc à la base navale du Héron ou nous serons accueillis par le commandant lui-même. Comme tous les militaires français rencontrés jusqu’ici, le commandant est sensible à nos soucis techniques et est sur le principe enclin à nous aider. Reste à effectuer notre demande auprès du Général des forces armées afin de rendre l’aide de la marine officielle. Si tous veulent nous aider, bien entendu personne ne peut rien faire sans ordre officiel.
Et aujourd'hui, dimanche 27 mars 2011, nous sommes en bonne voie pour obtenir ces accords !