Les chiffres clefs de la traversée |
Nombre d'heures moteur | 24 h 05 |
Temps du parcours | 9 jours |
Longueur du parcours | 819 milles nautiques |
Vitesse moyenne | 3,8 noeuds |
PoissonS pêchéS | 0 |
Distance des Sables d'Olone | 1300 MN |
Kalimera ! (bonjour en Grec)
Suez, Athenes et les Cyclades
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C’est à 10h locale du 16 mai que Zita, notre pilote égyptien, vient à bord de Qovop. Un quart d’heure plus tard, nous démarrons le moteur et fermons la marche du convoi du jour. Le canal est plat comme un lac, mais 20 à 25 nœuds de vent de face viennent tout de même nous freiner, et malgré une vitesse de 6 nœuds, les autres bateaux partis avec nous ne tardent pas à disparaitre. Le canal de Suez est très diffèrent de Panama… Nous naviguons sur cette étroite bande bleue bordée d’un plat désertique des deux cotés. De temps en temps le canal longe un oasis où poussent en pagaille des étendues de roseaux jonchées de palmiers.
13 miles après notre départ, nous arrivons aux premiers « lacs salés », qui de part leur largeur permettent à de courtes vaguelettes de se former… Qovop perd alors de la vitesse et nous sommes contraints à pousser un peu plus les gaz. Encore une fois on est loin du lac Gatún qui relie l’Océan Atlantique au Pacifique. Pas, ou très peu de végétation borde l’eau, et les reliefs les plus escarpés sont quelques dunes d’une dizaine de mètres de haut.
Pour midi, nous avions prévu le plat que nous mangeons tous les jours depuis notre arrivée en Egypte : Des pizzas ! Certes, la pizza n’est pas une spécialité culinaire locale, mais après deux ans et demi de privation, nous avons trouvé à Suez un pizzaiolo délicieux et le moins cher jamais vu durant notre tour (1 euro la pizza !) ! Quoi qu’il en soit, cela épargne un pates-corned beef à notre pilote et nous permet de savourer ce dernier repas bon marché avant l’Europe.
Ce ne sera qu’à 18h15 locales que nous arriverons au mouillage d’Ismaïlia, au terme de cette première étape du canal de 45 miles nautiques. Bien entendu, avant de partir, notre pilote demande poliment le « cadeau au pilote »… Au pays du backchich, pas d’exception ! Le canal de Suez est même surnommé par beaucoup le « canal Marlboro », du à l’inévitable don de cigarettes aux pilotes. Zita repartira donc avec 100 livres égyptiennes et 4 paquets de cigarettes malaysiennes.
Ismaïlia est une ville située à mi-parcours entre Suez et Port Saïd. Nous ne descendrons pas a terre, ayant déjà fait notre sortie du territoire auprès des services de l’immigration a Suez, mais scruterons les abords de cette ville depuis le bateau. Les innombrables mosquées des alentours résultent en un capharnaüm à l’heure de la prière, chacune chantant pardessus les autres ! Le spectacle est amusant, et c’est certainement la dernière fois pour nous que nous entendrons ces chants qui bercent le quotidien des pays musulmans.
Le lendemain matin, à 5h, alors que notre pilote de la veille nous avait annonce dans un anglais hésitant l’arrivée du nouveau pilote vers 8-9h, nous sommes réveillés par les klaxonnes du bateau pilote !
Beyrouth (quelque chose comme ca), notre pilote pour cette deuxième partie de traversée du canal, saute alors à bord. « Saute » est un grand mot pour cet homme d’un certain âge avec en en-bon-point conséquent. Celui-ci ne parle pas un mot d’anglais, et nos échanges resteront limités à une série de mimes… Sa tache consistera à faire la sieste dans le cockpit et à jouer de temps en temps avec le pilote automatique ! Nous tenterons brièvement de sortir un bout de génois, mais aussitôt le bateau gite-t-il de 15 degrés que notre pilote est effrayé et nous demande de vite rentrer la voile avant de chavirer ! Voyant la peur dans le regard du vieil homme, nous nous exécutons et un sourire béant laissant apparaitre la seule et unique dent de Beyrouth vient nous remercier. Ce dernier est sympathique, mais nous sommes tout de même étonnés que la compagnie du canal n’exige pas aux pilotes de parler un minimum d’anglais…
Nous terminerons cette monotone traversée du canal de Suez en début d’après-midi, et nous nous réjouissons de voir Port Saïd ! Nous allons enfin pouvoir reprendre la mer et éteindre le moteur ! Avant cela, il nous faudra nous mettre a quai pour attendre le dernier contrôle de la Navy égyptienne, encore une tentative échouée pour récupérer un peu de bakchich… Sur la route du quai, notre pilote tente de sauter sur la vedette venant le récupérer et s’échoue sur le pont du bateau pilote en faisant un roulé boulé mémorable !
Une heure plus tard, nous quittons enfin le port direction la Grèce. Le vent souffle à 25 nœuds de face, et les pécheurs tentent de nous dissuader de sortir du port a cause d’une mer qu’ils jugent trop formée… Une grosse houle s’est effectivement développée, mais pas de quoi en faire drame et nous poursuivons notre route 2 ris dans la grand voile.
Le vent ne tardera pas à se calmer et la houle avec, nous accordant un peu plus de confort bord. Saisis par le froid, nous n’en sommes pas moins heureux de retrouver les plaisir de la navigation à la voile après deux jours de moteur dans le canal. Qui plus est nous entrons dans une nouvelle mer, la Méditerranée, pleine de promesses quant à ces escales : Grèce, Sardaigne, Corse…. Le sentiment d’être tout proche du retour s’intensifie, et avec celui-ci la conscience qu’il nous faudra profiter un maximum des prochains jours. Notre remontée vers la Grèce se fera au près, tirant de longs bords pour aller chercher le passage entre la Crète et l’ile de Kasos.
Le temps est frais, froid même durant la nuit. Nous ressortons alors nos polaires, bonnets, pantalons et vestes de quart pour tenter de se réchauffer. Nos draps font place aux duvets qui n’avaient plus servi depuis bien longtemps ! Quelques dauphins viennent de temps en temps nous tenir compagnie, nous laissant toujours admiratifs face à leur agilité et leur grâce.
La pèche, par contre ne nous sourie toujours pas, et nous ne remontons que de gros sacs plastiques qui se prennent à nos lignes… Nous discutions longuement en Indonésie, en compagnie d’autres marins, sur l’état de la mer là-bas. La mer y été jonchée de plastiques et nous disions qu’il faudrait plusieurs générations pour que le message environnemental passe en Asie. Nous comparions la situation avec nos pays censés être propres et sensibilisés a ces problèmes… Et bien voila, la réalité nous rappelle a l’ordre en méditerranée ! Nous ne sommes pas si bien placés pour donner des leçons finalement, car les débris sont nombreux à flotter entre deux eaux… Les hameçons de Qovop, faute de nous nourrir, nous servent au moins à remonter quelques uns de ces polluants… Un coup d’épée dans l’eau, peut-être, mais c’est toujours ça de pris.
Si le vent reste globalement de face, sa force varie sans arrêt et la Méditerranée tient ses promesses : nous prenons des ris, renvoyons la toile, reprenons des ris… Il arrive que 25 nœuds s’établissent pour 2 ou 3 heures avant de passer á 5 voir 0, nous obligeant à allumer le moteur pour contrer le courant en attendant que Eole veuille se remettre au boulot, ce qui ne tarde jamais plus de quelques heures. Nous avançons lentement mais sûrement, tentant de remonter au plus près du vent, et ce ne sera qu’après 8 jours de navigation que nous arriverons devant l’ile de Milos, fameuse pour sa Venus désormais au Louvre. Nous décidons de nous y arrêter pour quelques jours, le temps de se reposer et de se dégourdir un peu les jambes. Nous jetons alors l’ancre dans une eau limpide devant le joli village d’Adamas.
Un simple coup d’œil au panorama nous assure que nous sommes bien dans les Cyclades : Des maisons blanches aux géométries variables, menuiseries bleues et toits plats, se tassent sur les reliefs pour former de splendides villages d’où émergent de nombreuses églises orthodoxes et leurs coupoles. Milos est une ile volcanique, et le mouillage où l’ou nous trouvons se trouve dans son cratère, nous laissant percevoir la terre sur 360 degrés.
Apres 2 nuits bien agréables, nous reprenons la mer direction Athènes. Bien entendu, le prix prohibitif des marinas Athéniennes fait que nous jetterons notre dévolu sur la baie de Varkizas, quelques miles au Sud-Est de la capitale. Nous y resterons 2 nuits avant de nous rapprocher un peu d’Athènes et de mouiller devant Glyfada. Glyfada est très bien desservie par les bus et le tram, nous permettant ainsi de vadrouiller comme bon nous semble.
Nous profitons de l’occasion pour amener nos voiles en maintenance, acquérir de nouvelles arbalètes, déguster un café frappé en jouant au backgammon dans une taverne avant d’aller engloutir quelques Souvlakis… Le 1er Juin, Mickael arrive de Vendée pour passer une semaine sur Qovop, le 2 Will s’envole vers l’Egypte pour y retrouver Marion… Le même jour, en rentrant au bateau le soir, nous découvrons que nous avons êtes cambriolés durant notre absence ! Tous les sacs ont êté vidés au sol et le bateau est sans dessus dessous !
Apres avoir rangé un peu pour y voir plus clair, nous faisons le bilan : des disques durs, le pc portable de Micka, les caméras vidéos, une montre et des papiers (permis de conduire, cartes d’identités et les 2 passeports Bat et Micka) ont disparus! Les voleurs sont venus à la nage, sont rentrés par les hublots et ont trouvé un sac étanche idéal pour y mettre le butin avant de repartir comme ils étaient arrivés. Nous retrouverons d’ailleurs le sac étanche sur la jette… Le lendemain, nous irons donc faire une déposition à la police, puis à l’ambassade de France afin de récupérer des papiers d’identités. Dans la foulée, Manu prend l’avion pour la Sardaigne afin d’aller y skipper un voilier avec sa famille. Pendant l’absence de Will et Manu, Bat et Micka font une escale sur Mykonos avant de revenir devant Glyfada. Will revient alors avec Marion le 9 alors que Micka doit malheureusement rentrer en France le même jour. A Athènes, nous retrouvons Patrick, un ami rencontré au Cap Vert. Il est venu d’Autriche afin de profiter de deux semaines de navigation avec des amis sur un voilier de location.
Manu rentre lui le 12 Juin, et l’équipage est alors de nouveau au complet ! Nous prenons alors 3 jours pour finir de préparer Qovop, remettre en place les voiles (juste réparées) et changer la chaîne.
En effet, notre mouillage commençait à se faire vieux et bien rouillé, nous avons donc remplacé ce dernier par 50m de chaine de 8 galvanisée ! Le 15 nous sommes fins prêts et levons l’ancre en compagnie de Marion pour Ios, à 110 miles nautiques au Sud-Est. La navigation est agréable, principalement au grand largue avec les voiles en ciseaux, et au petit matin du 16, un beau thon d’une quinzaine de kilos vient mordre a notre leurre, nous offrant un repas de midi bien apprécié : Sashimis frais et steaks de thon !
Nous arrivons à 14h dans le petit port d’Ios où nous jetterons l’ancre et amarrerons l’arrière de Qovop au Quai. Le port est presque vide lorsque nous arrivons et la manœuvre y est donc aisée, nous sortons donc rapidement visiter un peu l’Ile. Le village d’Ios est très beau, avec ses ruelles sinueuses d’un blanc éclatant. Par chance, nous ne sommes pas en haute saison, et Ios est encore calme. Cette Ile a la particularité d’être internationalement reconnue pour ses fêtes et clubs de nuits, rendant durant Aout les rues surpeuplées de jeunes en quête d’ivresse. L’ambiance y est néanmoins très joviale et nous en profitons bien, alternant plage et soirées au village !
Alors que nous étions que quelques voiliers au quai lors de notre arrivée, le port se remplit rapidement et ne désemplira que pour quelques heures avant l’arrivée d’une nouvelle vague de bateaux de location.
Le 20 Juin nous quittons Ios pour rallier Santorin, notre dernière escale des Cyclades. Seulement trente miles nous séparent de la marina au sud du cratère, mais le manque de vent nous fera mettre le moteur en marche pour presque toute la traversée… En arrivant devant le port, nous affalons les voiles, mais lorsque nous passons entre les deux digues, Qovop marque un arrêt brusque ! Nous sommes sur un banc de sable ! Incroyable, l’entrée de la seule marina de l’ile n’est pas draguée et aucun balisage ne prévient du danger ! Heureusement nous nous dégageons facilement et parvenons à nous mettre au quai sans accrocs. Les parents de Baptiste, accompagnés de Jacky et Cosette, un couple d’amis à eux, nous rejoignent au quai. Quelques instants plus tard, la mère de Will et son compagnon Roger arrivent à leur tour. Les retrouvailles sont chaleureuses et nous profitons de leur compagnie pour visiter l’ile. Ils auront la gentillesse de nous promener en voiture de bout en bout de l’ile. Nous découvrirons ainsi la plage rouge, Thira ou encore Oia et son petit port magnifique. Patrick nous ayant rejoint, nous sommes un beau petit groupe de 11 personnes à sillonner les magnifiques villages de Santorin, presque tous perchés le long des falaises formées lors de l’effondrement du cratère. Le paysage et les couleurs sont à couper le souffle, le tout sur un fond de sirtaki, souvlaki, cafés frappés et Backgammon.
Et oui, si quitter les tropiques a été dur, nous sommes toutefois ravis d’être de retour en Europe, avec ses cultures riches, ses gastronomies et la beauté de ses paysages.
Nous ne resterons pas plus de deux nuit a la marina avant de filer pour mouiller devant Perissa, 3 miles au nord Est. Le mouillage de sable fin est de bonne tenue, mais de violentes rafales balayent la surface des eaux en permanence. Nous y resterons jusqu'à la fin de notre séjour.
Patrick, de son coté, a décidé de prolonger ses vacances et de nous accompagner jusqu'à Bonifacio, en passant par la Sardaigne.
Le dimanche 26 Juin, 35 a 40 nœuds balayent toute la région, et ce sera donc le lendemain que nous lèverons l’ancre pour les 800 miles qui nous séparent de la Sardaigne, certainement a Olbia.