Les chiffres clefs de la traversée |
Nombre d'heures moteur | 1h30 |
Temps du parcours | 7 jours |
Longueur du parcours | 668 milles nautiques |
Vitesse moyenne | 4 noeuds |
PoissonS pêchéS | 2 Daurades, 1 Thon (70kg) |
Rarontonga - Niue:Perdus au milieu du Pacifique
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Nous repartons de Rarotonga le 22 septembre en tout début d’après midi.
Etant donné que nous étions très proche de Canela au quai de Avatiu avec l’ancre posée à 50 mètres à l’avant du bateau pour éviter de revenir sur le quai en béton, nous avions peur d’accrocher la chaîne de Canela en remontant l’ancre. Finalement, nous n’aurons pas à plonger cette fois-ci. Nos deux ancres empennelées remontent sans problème.
Le premier jour de navigation est très agréable, un vent de force 5 souffle sur notre poupe et nous emmène vers Beveridge Reef à près de 6 nœuds. Si nous tenons cette allure, nous sommes à Beveridge Reef dans 4 jours. Malheureusement les jours suivants, ce fichu vent commence à nous faire défaut. Il s’estompe et n’arrête pas de changer de direction, nous obligeant à changer les voiles toute les 2 ou 3 heures. Les 4° et 5° jours, le vent ne souffle plus qu’à 5 nœuds (force2). La nuit les voiles claquent, le bateau ne se tient pas et nous n’avançons en moyenne qu’à 2 nœuds...
Un matin, par faible allure, une Daurade de 1,30 m mort au leurre fait-main par William. Celui-ci n’avait encore rien pêché depuis sa confection aux Caraïbes. Mais on dirait qu’il se plait mieux dans le pacifique. Anyway, la daurade agrémente nos repas pendant presque deux jours.
Le 6° et dernier jour, durant la nuit, alors que nous naviguons au près à près de 3 noeuds, William qui était à la barre entend le winch tribord partir à toute vitesse, la ligne se tend et il prie pour qu’elle ne casse pas. Voyant que la prise est très belle, il enfile une paire de gants et commence à remonter la ligne petit à petit. Après environ une demi-heure il aperçoit la bête à l’arrière de qovop. De nuit, on aurait pu confondre avec un requin par exemple. Mais plus il l’approche du bateau, plus l’espoir de gagner le fameux concours de pêche (contracté avec Watermelon, Canela, Coquelicot, qovop etc.) grandit. Voyant qu’il ne pourrait pas remonter le bébé tout seul, William appelle à l’aide. Manu se lève pour lui venir en aide.
Quand le poisson apparaît sur le flanc du bateau, aucun doute, il s’agit d’un thon. Après une demi-heure de lutte pour fatiguer l’animal, Manu et Will arrivent à entourer la queue de l’animal à l’aide d’un lasso, gaffé le poisson est bien lourd. Bat qui entend enfin l’excitation ardente venant du cockpit se lève pour aller voir ce qu’il se passe. Apercevant Will et Manu en train de remonter un gros poisson. Il crie « Alors on va gagner le concours ? ».
Will et Manu répliquant avec un « Arrête de déconner et vient nous aider, il est trop lourd ». Apercevant enfin la masse, Bat s’écrit « Oh la vache !».
En effet, il fallait bien être trois pour remonter cette bête sur le banc du cockpit où il prenait toute la place. Après vérification, il ne s’agissait donc pas d’une vache, mais bien d’un thon, un thon jaune, long de 1,75 m. Waou ! !
Pendant la grande bataille, le vent a commencé à resouffler un peu plus fort. Ce qui nous permet d’accélérer et d’atteindre 5 nœuds en moyenne.
Cette accélération nous permet d’arriver à Beveridge Reef pas trop tard le lendemain (dimanche 27 septembre). Vers 8 heures nous commençons à entendre des appels à la VHF, Simon sur Sedna 1 (Québec) était déjà sur les lieux. Et une heure plus tard, nous entendons Canela, perdu de vue depuis plus de 4 jours pour notre part. Ceux-ci ont contourné le récif par le nord et rentreront dans la passe juste devant nous. Incroyable timing, nous étions partis à la même heure de Rarotonga et arrivons presque en même temps au Reef, sans avoir aucun signe de vie depuis notre deuxième jour de navigation où nous les avions distancés.
Peu de temps après avoir jeter l’ancre (non loin de Canela). Nous en profitons pour hisser la star du jour : Gaston (le thon)… et la présenter à nos amis brésiliens et québéquois. Ceux-ci sont impressionnés par la taille et la masse de notre prise. Et nous, nous en sommes fiers… héhé.
Après un petit instant photo, nous emmenons le poisson sur Canela, pour commencer le découpage. Une bonne demi-heure de travail plus tard, les 50 kg de chair sont emballés dans des sacs plastiques de 10 kg, et à l’aide d’une balance, nous avons pu observer que le thon faisait exactement 70 kg au total (hors abats). Nous croisons donc les doigts pour qu’aucun de nos concurrents ne pêche plus gros. Mais nous avons enfin placé la barre assez haute.
Nous partagerons tout, la carcasse revient aux 2 requins pointes blanche qui dévorent les restes avec hargne, et les 50 kg avec tous les bateaux du mouillage. Migration (Bruce et Alene), un trimaran rouge venant des USA dispose d’un frigo à bord, ainsi que Avel Mad (Benjamin et Karine) un couple de bretons. Nous dispatchons donc l’animal sur plusieurs bateau. Nous en ferons même profiter un Super Yacht (Drumbeat) présent sur le mouillage contre quelques glaçons, Wasabi, citrons et une bouteille de vin. Ce qui n’est pas cher pour 10 kg de thon frais…
Dès l’après-midi nous allumons le barbecue sur Canela avec toute la compagnie du mouillage, Wolfgang et Martin de Anima (Autriche) sont impressionnés par tous ces kilos de viandes qui défilent sous leurs yeux. Nous mangeons à foison et en profitons pour remplir toutes nos conserves.
Le lendemain (lundi), nous partons avec nos dinghys vers la passe pour aller observer les nombreux poissons de récifs qui s’y trouvent. Ceux-ci n’ayant pas l’habitude d’être chassés, nous pouvons les approcher de près, les carangues, les Napoléons, les perroquets, les wahoos, les requins gris etc.
Après cette super plongée dans une eau limpide, nous rentrons tous au bateau et rallumons le barbecue de Canela car il en reste encore (du thon).
Puis nous décidons de tous bouger les bateaux vers le nord du récif près d’une épave gisant dans un pied d’eau sur le récif. Une demi-heure plus tard, nous arrivons sur place et jetons l’ancre dans 3 mètres d’eau. Nous sommes à près de 150 mètres de l’épave et observons qu’il s’agit d’un bateau de pêche qui est apparemment là depuis plus de 10 ans. Et pourtant il lui reste encore de la peinture.
Un peu tard pour aller explorer l’épave, nous décidons de remettre ça au lendemain.
Mardi matin, tous le monde est debout assez tôt. Et Bruce (de Migration) appelle soudain tous les voiliers du mouillage à la VHF. Possédant une BLU (appareil de communication longues-ondes) il prend régulièrement des nouvelles de la météo. Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas de météo, mais plutôt de tectonique des plaques…
En effet, Bruce nous annonce une alerte au Tsunami… Très tôt ce matin, un tremblement de terre a eu lieu près des Tonga et une grosse vague est peut-être en train de se diriger vers nous. Une montée des eaux a déjà été observée à Niue.
Tout le mouillage commence à discuter tous ensemble sur la VHF. Si cela se produit, ceci peut sucer toute l’eau du récif avant l’arrivée du vague monstrueuse… Les gens commencent à s’affoler !
Certains bateaux décident de partir du Récif et continuer la route vers Niue. Nous, Canela et Avel Mad décidons très vite de se mettre au milieu du lagon, où la profondeur est d’environ 10 mètres. Un peu plus en sécurité que sur 3 mètres d’eau.
Puis une heure plus tard, après réflexion, malgré le fait que nous voulions aller explorer l’épave, nous rebroussons chemin et décidons de sortir également du récif car nous ne savons pas quelle puissance peut avoir une vague tsunamienne. Nous sortons donc de la passe vers 10 h en direction de Niue (et tant pis pour l’épave). Sorti du récif, nous avons la conscience tranquille, plus rien à craindre quant au tsunami.
Près d’une heure plus tard, Bruce qui est à 15 milles devant nous contacte tous le monde pour nous donner plus d’indications. Il semble finalement que le tremblement ait eu lieu au sud des Samoa, donc un peu plus près de nous. Il y a une heure environ, une montée des eaux de 5 pieds (1,5m) a déjà été ressentie à Rarotonga, qui est derrière nous. Et à cette heure-ci, nous savons que les Samoa ont essuyé beaucoup de dégâts, on déplore même 14 morts là-bas. Le Tsunami a donc été assez fort.
Mais après réflexion, si la vague a été observée à Rarotonga, nous étions encore dans le lagon lors de son passage sur Beveridge Reef. Cet endroit a l’air d’être bien abrité car nous n’avons rien observé de particulier, les vagues cassaient sur le récif comme elles le font normalement et aucune montée ou descente de l’eau n’ont pu être observée par nos soins…
Enfin, voilà comment se termine l’histoire du Tsunami du 29 septembre : bien.
Nous étions les derniers à sortir du récif, devant nous se trouvent 5 voiliers, Sedna, Migration, Anima à environ 10 ou 15 miles, Avel Mad au loin à 8 miles que nous apercevons faiblement et Canela qui a 3 miles d’avance sur nous.
Niue n’est qu’a 130 miles de là et tout le monde se suivra jusqu’à l’arrivée.
Dans la soirée, Canela nous annonce la prise d’une daurade de 1,30 m. Ce qui est une belle prise. Mais en fin de soirée, alors que nous avions juste fini de mangé, le winch qui supporte le leurre fait-maison, toujours le même, se met à dérouler le fil. Nous apercevons un grand saut de poisson que nous ne pouvons reconnaître malgré le claire de lune. Celui-ci se débat bien. Manu se met à l’œuvre ; enfile les gants à son tour et approche doucement la proie. Arrivée à moins de 5 mètres du bateau celle-ci continue à se débattre, de plus en plus fort. En ce mettant de l’autre coté du bateau. En éclairant l’eau, nous apercevons les couleurs bleu-vert, il s’agit d’une grande Daurade, estimé à peut-être 1,60 m. Estimé oui, car celle-ci nous a échappé alors qu’elle se trouvait sur le côté prêt à être gaffer. Un coup de queue de trop a suffit pour qu’elle se décroche. Ça ne sera pas pour cette fois.
Après une journée de navigation par faible vent, nous ne pouvons contacter que Canela et Anima à la VHF, les autres ayant pris les devant, soit au Gennaker soit au moteur. Malheureusement, nos spis étant cassés depuis la transpacifique, ceux-ci nous manque. Mais nous prenons le temps.
Seul Canela restera à notre portée et jouons à la chenille, entre 3 et un mile d’écart. Mais nous n’arriverons pas à les dépasser.
Dans la journée, nous réussirons à pêcher une daurade de 1,35 mètre. Photo à l’appuie, nous annonçons ça par VHF à nos amis brésiliens qui commencent à être aigri de nos belles prises…
En début d’après midi, alors que nous nous trouvons à 35 miles nautiques de Niue, le vent monte, ce qui nous permet de bien avancer jusqu’à ce qu’il retombe dans la soirée. Mais avant le couché du soleil, nous apercevons l’île assez plate au loin.
Nous arriverons dans la nuit à 3 h 30, nous nous accrochons à l’une des bouées libres. Tous les voiliers déjà arrivés dans la soirée semblent éteints, et nous non plus, nous ne ferons pas de vieux os.
Le lendemain (jeudi 1er oct), nous attendons les instructions de Niue Radio, car il était marqué dans les guides de rester au bateau et attendre l’arrivée des douaniers à bord. Mais ceux-ci ne viendront jamais. Nous nous rendrons donc à terre rapidement pour faire les papiers d’entrée. Customs (Douane), Immigration et nous retrouverons tous les voileux de Beveridge au Yacht Club. Après toutes ces péripéties, tout le monde a bien mérité une bonne bière fraîche.
Le lendemain, sachant que internet est gratuit au Yacht-Club, celui-ci ressemble plus à un cyber café ou une salle informatique. Tout le monde envoyant les bonnes nouvelles aux familles et amis inquiets après l’annonce du Tsunami.
Le soir même, c’est l’anniversaire de Bruce, nous lui préparerons une chanson avec de nouvelles paroles (Américan Tri sur l’air de American Pie). Sans son aide à Beveridge, nous n’aurions jamais su pour le Tsunami. Sur le trimaran, nous finirons enfin le thon qui s’était très bien conservé au frigo. Ouff, on en est venu à bout.
Le samedi, nous décidons de louer un mini-bus pour notre grande famille de 13 personnes (cadeau d’anniversaire entre autre). Bruce toujours très informatif, nous sert de guide (à l’aide d’un guide du Pacifique) durant tout le tour de l’île. Il nous emmènera dans les meilleurs coins de l’île aux nombreuses grottes.
Niue, est un des plus petits pays de la planète, comptant près de 1200 habitants, cette île a été désertée depuis les années 80 où de nombreux locaux se sont expatriés en Nouvelle Zélande. On y compte d’ailleurs plus de 12 000 habitants originaires de Niue.
Et on peut affirmer que cette île corallienne détient le record en nombre de grottes par habitant.
Impressionnantes et majestueuses, les grottes ne ressortent malheureusement pas très bien sur les photos. Mais nous pouvons vous dire que nous n’avions rien vu de tel depuis notre départ.
En se baignant dans la première eau douce d’une grotte très encaissée, ceci avait l’air d’un rêve. Puis la deuxième grotte (Vaikona Cave) d’où l’on descend à l’aide de cordes déjà présentes sur place, nous a offert un superbe spectacle. Une eau un peu plus saumâtre, mais un souvenir inoubliable. Derrière première piscine, nous avons pu avoir accès à une seconde grotte, en plongé apnée. Après avoir traversé environs 2 mètres sous l’eau à l’aide de lampe waterproof (merci Bruce encore une fois), nous nous retrouvons dans un second bassin où la seul lumière du jour rentre sous l’eau. Une cavité d’environ 10 mètres au-dessus de nous offre un grand espace. Cet endroit paraît tellement irréel, il nous faut pourtant en sortir car le tour de l’île n’est pas fini.
Après avoir retrouvé la voiture en retraversant la forêt, nous nous rendons au nord de l’île pour une dernière visite du bassin des rois et les arches de Talava où nous attendait notamment un arc-en-ciel pour embellir nos photos. Bref quelle journée splendide.
Le lendemain (dimanche), synonyme ici d’interdiction de pratiquer certains sports (bateau, pêche etc.) nous irons quand même faire une petite plongée autour des bateaux, l’eau y est très limpide et nous offre une vue à près de 50 mètres. De nombreux see snakes (serpents de mer) nous font un peu peur malgré le fait qu’il ne s’attaque pas aux hommes. Malheureusement, le dernier passage d’un cyclone ici a dévasté la côte ouest, les coraux vivants ainsi que les poissons coralliens ont été rasés mais nous avons pu observer de nouvelles pousses de coraux et quelques poissons qui ont refait leur apparition. Les locaux nous ont notamment fait part que les vagues lors du cyclone atteignaient 30 mètres montant sur les rues du village qui est pourtant situé assez haut.
A bientôt pour de nouvelles aventures, nous nous rendons à Vava’u, archipel du nord Tonga dans les prochains jours.