Tonga : Les réparations de la coque
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C’est lors de la dernière traversée de nuit en provenance du groupe d’îles Ha’Apai au centre des Tonga que nous avons découvert une fuite assez importante à l’avant du pied de mât au niveau du premier boulon de quille.
Vu de l’intérieur, nous apercevons une fissure laissant passer un filet d’eau remplissant le fond de cale à un débit d’environ 1 litre d’eau par minute. La pompe manuelle étant hors d’usage nous mettons la pompe électrique en route en espérant qu’elle tiendra le coup jusqu’à la levée du bateau. Sinon, la vidange de la cale s’effectuera avec un bon vieux seau.
Nous arrivons un lundi matin à Nuku’Alofa, capitale des Tonga sur l’île de Tongatapu. Dès notre arrivée, Manu plonge avec l’appareil photo pour évaluer les dégâts et va faire notre entrée douanière.
Rapidement, nous allons voir les autorités portuaires pour voir si nous pouvons utiliser le travelift que nous avons aperçu sur le quai. A première vue, l’appareil est disponible dés le lendemain, nous nous mettons alors en quête du matériel nécessaire à la réparation : résine, fibre de verre, peinture etc…
Il nous faudra près d’une semaine pour trouver ce qu’il nous faut, l’île est en rupture de stock de résine car beaucoup de bateaux ont subit des réparations après le passage du tsunami. Heureusement nous pouvons compter sur notre nouvel ami kiwi (Néo-Zélandais). Patron de la société KW Limted (fabrication de petit bateau, canoe en fibre de verre etc..), Niel se démène durant trois jour pour nous trouver de la résine que son beau-frère ramènera de Vava’u (îles du groupe nord) par avion durant la semaine suivante.
Le vendredi, nous repassons aux autorités portuaires pour leur signaler que l’on veut lever le bateau dès le début de semaine. Malheureusement, le manager peu coopératif, nous informe d’une mauvaise nouvelle : les palans servant pour lever les bateaux sur la structure sont cassés (broken) ! Ils vont essayer de trouver une solution au problème la semaine prochaine.
Nous découvrons vite le rytme de vie tongien plutôt….lent !
Nous profitons alors des barbecues ou des fried chicken bons marchés (5 T$, soit moins de 2 €).
Le manager des autorités portuaires nous informe par la suite qu’il y a des grues capables de lever notre bateau si nous sommes pressés. Nous appelons donc cette grue et la facturation est de 450 dollars Tongiens soit plus de 150 € par heure... Ne sachant pas combien d’heure il faudra pour monter le bateau et le redescendre, nous abandonnons l’idée et préférons attendre la réparation du lift qui est loué pour seulement T$ 250 (soit 80 €) allée-retour. De plus, nous ne sommes pas sûrs de la possibilité de lever le voilier sans démâter…
Nous retournons chez notre ami kiwi pour lui annoncer la mauvaise nouvelle, le remercions au passage de s’être démené pour nous, même si au final, il aurait eu le temps de faire venir les seaux de résine par cargo…
Puisque nous n’avions encore rien touché au bateau et que la source qui court dans la calle n’est pas tarit, Manu se met à l’œuvre et plonge mettre du SIKAFLEX dans les fissures. Ceci marche à merveille, avec la pression, le Sika est aspiré dans la fissure et séchera sous l’eau en peu de temps. La fuite est alors vraiment réduite et la pompe qui tournait toutes les deux minutes ne tourne plus qu’une fois par heure, c’est déjà ça de gagné ! La pompe a bien tenu le coup jusque là mais nous n’étions pas sûr de sa durée de vie…
La semaine suivante, nous attendrons la réponse du manager… il prétend qu’il faut changer les 4 palans… et qu’ils vont passer commande en Australie. Mais après plus d’une semaine d’attente, toujours rien… et c’est en fin de semaine (la troisième ici) qu’il nous informe qu’ils sont dans l’impossibilité d’acquérir les palans vendus pour 8400 dollars tongiens (soit 3000 €) car ils n’ont pas de budget pour cette année…
Quoi faire ?
Ayant usé presque toutes nos cartouches pour monter le bateau à bon prix, nous avons en tête de rejoindre les Fidji, apparemment très bien équipées pour mettre les bateaux à terre…
En début de semaine, nous préparons le terrain, pensons sangler la quille au roof et Manu replonge une nouvelle fois pour poser de la résine époxy sur les fissures, ce qui sera un peu plus solide que le Sika mais sans certitude…
Normalement, avec un vent arrière, la coque ne devrait pas trop travailler et devrait tenir le coup durant les 3 jours de traversée…
Mais cette idée reste assez risquée, et durant la semaine, Baptiste essaie de trouver des palans en état capables de soulever les 7 tonnes du voilier… mais en vain tous ceux que nous voyons ne paraissent pas bons… et deux palans vendu pour 20 Tonnes, n’affiche plus que 5 T (les tongiens ne sont pas à ça près !)… Les espoirs s’amenuisent… Parallélement, nous nous renseignons du prix du levage aux Fiji…
En regardant les photos du levage du bateau à Moreilles, nous constatons que le point de levage du voilier (centre de gravité) est environ à un mètre à l’arrière du mât… ce qui semble être de bon augure pour un grutage sans démâtage !
Le risque de la traversée n’étant pas négligeable pour qovop, Nous préférerons donc finalement lever le bateau ici… Et le vendredi, nous frappons à la porte du manager du port pour lui annoncer notre planning… Absent, nous décidons d’aller voir le responsable technique qui s’occupe des réparations des bateaux sur le port…
Et tout devient plus facile… Le coût de l’opération est soudainement divisé par 3 ! C’est à ce moment là que nous réalisons ne pas avoir contacté la bonne personne à l’arrivée…
C’est donc avec les hommes de terrain que nous préparons donc la levée du bateau pour le lundi suivant, et le responsable technique nous dit de ne surtout pas aller voir le grand chef ! ! La grue est réservée, tout est ok pour lundi à la marée haute vers 13-14 h.
Après près de 4 semaines ici, nous irons Chez KW pour prendre les produits commandés, 20 litres de résines, 4 m2 de Mat, 7 m2 de Rowing (tissu tressé en fibre de verre), catalyseur, acétone, gel coat… Il ne nous manque que l’antifouling que nous prendrons durant la semaine suivante. Neil nous ramène au port avec le chargement ce qui nous permet de discuter du projet Qovop. Nous parlons de nos sponsors et du fait que nous sommes toujours ouverts à de nouveaux partenariats, ce à quoi il nous répond « You should have said that before »… et nous propose de nous offrir l’antifouling !
C’est ainsi que l’entreprise KW Limited devient sponsor officiel de qoVop ! Un grand merci à Niel et son équipe pour leurs conseils et leur appui technique.
Enfin le grand jour ! 4 semaines exactement après notre arrivée, les employés du chantier ont installés les chaînes sur le travelift.
Tout se passe comme prévu, nous ramenons le bateau près du quai vers midi et tombons le patara (hauban arrière). La grue arrive vers 14 h et vient placer sa flèche en arrière du mât pour que nous y accrochons les sangles. Petit à petit, les sangles se tendent, et la ligne d’eau commence à descendre. Après deux minutes, tout semble en ordre, la quille ne touche plus l’eau et les sangles tiennent bons… OUF !
Le grutier ramènera qovop à terre près du lift.
L’équipe de rugby, ou plutôt les ouvriers du chantier se mettent à l’œuvre et poussent le lift vers le voilier. Mais à l’approche du lift, nous voyons que l’enrouleur de génois ne rentrera pas dans la structure. Nous montons dans le voilier pour y décrocher l’étai (hauban avant). L’équipe pousse le lift et met en place les sangles qui supporteront le bateau le temps des travaux.
Durant la première tentative, Qovop penche beaucoup trop sur tribord. Le grutier remontera le voilier le temps d’ajuster convenablement les sangles. Un des ouvriers dépose alors des calles sous la quille, ce qui tiendra un peu mieux le voilier.
Durée de l’opération : une heure. Après réalisation, nous sommes certains que le bateau peut être remis à l’eau en moins d’une demi-heure, car il n’y aura pas tous ces réglages et changements à effectuer…
LES TRAVAUX COMMENCENT :
Nous ramenons l’électricité sous le bateau et démarrons les travaux. A la meuleuse nous enlevons l’Epoxy, ouvrons les fissures et préparons la surface à stratifier.
Pas de mauvaise surprise à l’exétérieur. En revanche, William, après avoir enlevé l’épaisse couche de Gel Coat à l’intérieur, découvre que la strate est fissurée de part en part du premier boulon de quille…
Pourquoi la fissure : Nous savons qu’un des anciens propriétaires avait heurté quelque chose car quand nous avions enlevé l’enduit de la quille à Moreilles, nous nous étions rendu compte d’une cavité dans le plomb à l’avant de la quille. Finalement après un an de navigation, les vices se sont révélés… Nous pensons que ça peut être une raison du départ de la fissure au niveau du premier boulon et bien entendu, la coque ayant tapé les vagues lors de nos navigations au près, la fissure a continué son chemin…
Lors de notre première nuit sur qoVop à terre, alors que nous étions en plein sommeil, nous entendons un grondement puis le bateau se fait secouer violement ! Nous nous levons tous les trois sur le pont du bateau en train de s’agîter dans les sangles du travelift… Dès lors, nous pensons que les chaînes ont lâché, quelque chose ne va pas ! Puis ça se calme et tout redevient normal, le bateau semble avoir retrouvé son calme. Un peu paniqué par la situation, nous nous ré-endormirons sur une oreille seulement…
Mardi matin, après une nuit de séchage pour la coque, James un voisin de ponton australien nous demande si on a ressentit le tremblement de terre ?? Fait incroyable, qovop qui n’a pas été à terre depuis un an a donc résisté à une bonne secousse de 6,8 ° sur Richter à 150 km au nord-ouest de l’île ! ! ouff… une nouvelle expérience après celle du tsunami ! Mais au moins, celui-ci nous l’avons ressenti !
Nous nous remettons au travail et affinons le ponçage, grattons la ligne d’eau qui a besoin d’être rehausser (avec les vivres, l’eau etc. qovop s’est alourdi depuis le départ)… De passage sur le chantier, Nieil nous conseille de rajouter un petit madrier à l’intérieur et le stratifier à la coque. Comme quoi, avoir un professionnel à nos côtés peut toujours servir.
Nous commencerons à poser la première strate de polyester le mercredi.
Jeudi, nous poserons les trois premiers patchs à l’extérieur avec du gros tissu (rowing) que l’on avait en stock dans le voilier (reste des réparations de l’année dernière). En même temps la pré-couche de peinture est posé au niveau de la ligne d’eau. Nous changerons également les anodes.
Vendredi, nous poserons 3 couches supplémentaires de polyestère.
Samedi matin, nous finirons de poser les dernières strates sur la quille. Le temps que tout ceci sèche, nous recouvrerons la quille de gel-coat dans l’après-midi.
Le lendemain dimanche, il est formellement interdit de travailler ici. Nous travaillerons donc à l’intérieur car il reste le bout de bois à poser et stratifier au fond de la cale. devant le pied de mât. Sans faire de bruit nous passerons tout de même la pré-couche sur la quille et finirons de peindre la ligne d’eau.
Lundi, nous passons 2 couches d’antifouling.
Une dernière couche le lendemain matin et nous prenons rendez-vous avec la grue pour le soir vers 16 h.
Enfin fini, nous en profitons pour aller nous promener sur l’île car Nille, une amie à Baptiste est venue d’Australie nous rendre visite pour 4 jours. Nous louons une voiture et alons visiter une grotte à piscine d’eau douce, les trous de souffleurs et au retour, nous nous rendons aux Arches (pont naturel) qui se situent au sud de l’île. C’est là notre dernier stop avant de retourner mettre le bateau à l’eau… En arrivant sur le petit chemin, la police barre la route à mi-course et nous interdit le passage puisqu’il font des entrainements de tir dans la zone… Nous décidons de tourner sur le chemin et aller voir la falaise à 20 mètres…
Après avoir pris une belle photo du point de vue, tout le monde remonte dans la voiture pour rentrer, mais celle-ci refuse de démarrer… les batteries sont à plats… ET M…. !!! Aussitôt, nous essayons de pousser la voiture dans le petit chemin, la mettre dans l’axe et voulons essayer de la démarrer en la poussant… Mais le chemin est pentue, la voiture est lourde, nous faisons appel à nos trois policeman qui font le guet. Très bon à la mêlée, cette équipe de rugby nous débloque la voiture. Un policier nous informe qu’il ne sera pas possible de la démarrer en poussant puisque c’est une boite auto… ET RE-M… il est bientôt 15 h et la grue arrive vers 16 h. Et nous avons environ une-demi-heure de route pour se rendre au port.
Nous appelons l’entreprise de location, un policier prend le téléphone, explique notre désagrément et ils nous envoient quelqu’un… Pour nous pas le temps d’attendre, Manu et William prennent les devants et font du stop jusqu’au port. Baptiste pensant qu’ils n’arriveront pas à temps, appelle le grutier pour retarder le rendez-vous d’une demi-heure. Finalement, le stop fonctionnant à merveille aux Tonga, les deux compères arriveront 2 minutes avant l’heure de rendez-vous.
Pendant plus d’une heure, Baptiste et Nille attendrons donc les secours accompagnés des trois policiers qui leurs ouvrent des noix de coco et feront des siestes interminables… Pas trop fatiguant d’être policier aux Tonga… Puis un camion chargé d’une nouvelle voiture arrive enfin. Bat et Nille disent au revoir à leurs compagnons et reprennent la route avec une voiture en bien meilleur état.
Ils retrouveront Manu et Will au bateau peu après 16 h 30. La grue n’est pas encore arrivée… Nous l’attendrons une demi-heure avec les ouvriers du port pressé de remettre qovop à l’eau pour rentrer chez eux assez tôt. Puis vers 17 h, la grue arrive, tout se met en place. Béquilles, Filins, Sangles, le bateau redécolle de son emplacement. Nous grattons les rognes au niveau des anciennes sangles, poncerons, puis passerons une ultime couche d’antifouling. Qovop est tout propre, tout beau et est prêt à être remis dans son élément…
En peu de temps, le voilà enfin à l’eau flottant avec une coque toute neuve.
OUF… on y est, l’équipage est ravis ! ! Après 6 semaines aux Tonga, le bateau est fin près à affronter les mers !
UMU : Un four pas comme les autres.
Durant la dernière semaine, un local nous invite au fameux « umu » qui est une tradition tongienne exercée tous les dimanches. Ce dernier dimanche ici, nous nous lèverons tôt pour aller voir la confection du four et suivre toutes les étapes jusqu’à la dégustation du repas local. Nous sommes chez la famille de Nio, au petit matin, les cochons en liberté courent dans le jardin, un feu brûle dans un trou creusé dans la terre. Vers 10 h, il y a assez de braises, les rondins sont évacués du trou, deux troncs de bananiers sont placé sur les côtés, puis la nourriture arrive et est placée minutieusement. Du corned beaf, poulet et mouton sont enveloppés avec du lait de coco dans des feuilles de Taro. Manioc, taro et igname sont placés également dans le trou. Puis tout est recouvert par un grillage, des feuilles puis un drap que l’on recouvre entièrement de terre.
Après environ deux heures, on ré-ouvre le four et reprend les aliments cuits à l’étouffé. Le résultat est délicieux.
Ce dernier dimanche aux Tonga sera donc culturel, pour notre plus grand plaisir. Contents de partir, nous n’en sommes pas moins tristes de quitter cette escale qui nous aura charmée malgré nos problèmes techniques.
Départ de Tongatapu : lundi 7 décembre (pour notre plus grand plaisir).