Les chiffres clefs de la traversée |
Nombre d'heures moteur | 2 h |
Temps du parcours | 4 jours |
Longueur du parcours | 530 milles nautiques |
Vitesse moyenne | 5,5 noeuds |
PoissonS pêchéS | 2 Daurades (dont 1,5 m) |
Fidji –> Vanuatu : Rapide traversée !
Découvrez l'album photo ici
FIJI - Navadra - Vanua Levu
Le 26 juin, après avoir réalisé les formalités de sortie du territoire fidjien, nous naviguons vers l’ouest direction le Vanuatu. Accompagné par Matajusi, nous prévoyons de nous arrêter sur l’île de Vanua Levu en route. Seuls quelques troupeaux de chèvres sauvages et des chauves-souris géantes habitent ce petit coin de paradis.
Après une navigation au moteur, faute de vent, nous jetons l’ancre dans ce mouillage désert et magnifique qui nous réconcilie avec les Fidji.
Nous passons alors 3 jours extraordinaires ! Entre les fonds coralliens et la chasse à la chèvre, l’île offre un terrain de jeux épatant ! Nous retournons à l’état primitif et courons pieds nus dans la jungle dans le but d’encercler et de capturer une chèvre. Le spectacle vaut le coup d’œil : Silvio de Matajusi, Helgue (qui nous rejoint entre temps) de Coquelicot et nous 3, pieds nus et harpons en bandoulière, escaladant les falaises, tapis derrière les buissons ou perchés sur un arbre, passons la journée à tenter de ramener un peu de viande pour le barbecue du soir ! Nos tentatives seront fructueuses et nous aurons le bonheur de partager un délicieux diner sur Matajusi et un Barbecue mémorable sur la plage.
La Traversée :
C’est après ce barbecue, le soir du 28 juin, que nous quittons pour de bon les Fidji et hissons les voiles malgré un vent faible. Nous peinons à nous décoller de l’archipel, mais au petit matin, les îles ont disparu derrière nous et le vent revient doucement. Au grand largue, avec un bon 15-20 nœuds de vent, nous filons rapidement et redécouvrons le bonheur de naviguer sous les tropiques : vitesse, allures portantes et Mahi Mahi au bout des lignes de pêches ! Une accalmie nous fera envoyer le spi qu’une rafale déchirera peu de temps après… Nous revoilà sans spinnaker, et nous terminons à bonne vitesse sous génois.
Arrivée au Vanuatu :
Le 02 juillet, l’île d’Efate pointe son nez à l’horizon et nous jetterons l’ancre devant Port Vila, la capitale du Vanuatu, quelques minutes après le coucher du soleil. En se promenant de nuit nous decouvrons l’étonnant marché aux fruits et légumes, ouvert 24h/24. En effet, ici il est possible d’aller au marché pour acheter un des meilleurs avocats au monde à 3h du matin ! Nous nous rendons compte également que nombre de locaux parlent le français, et certains affichages sont rédigés dans notre langue !
Nous ne savions pas, avant de démarrer ce voyage, que jusqu’en 1980 le Vanuatu était colonisé par la France et l’Angleterre simultanément. Selon les villages, les écoles sont donc françaises ou anglaises… C’est bien la première fois que nous croisons un endroit où français et anglais cohabitaient pacifiquement ! Lors de la déclaration de l’indépendance il y a trente ans, le bislama est devenu la langue officielle. Le bislama est un dialecte étonnant, mélange d’anglais phonétique et de quelques touches de français… Par exemple pour dire « je voudrais voir le chef », l’équivalent bislama est « mi wantem look-look le tchif ».
Le lendemain de notre arrivée, nous retrouvons à terre Rowena, initiatrice du projet VEO auquel nous participons. Le projet VEO consiste à distribuer des cartons de manuels scolaires collectés en Nouvelle Zélande aux écoles du Vanuatu. Rowena rejoint donc l’équipage pour deux semaines, le temps d’une croisière vers les îles de Malekula et Ambrym.
South West Bay :
3 jours après notre arrivée, le lundi 05 juillet, nous faisons le plein de fruits et légumes et filons vers l’île de Malekula située plus au nord. Après une belle nuit de navigation nous jetons l’ancre à south-west bay, en face du village de Wintua. La baie est immense et magnifique, bordée d’une étroite plage qui disparait rapidement dans la jungle épaisse. Nous savons d’après la carte que plus de 4 villages se trouvent ici au bord de la baie, mais nous avons beau scruter la côte, nous ne voyons rien paraitre…
Après une bonne sieste, nous nous préparons à descendre à terre et nous apercevons alors les enfants qui sortent de l’école et marchent le long de la plage pour rejoindre leur village. Lorsqu’ils découvrent Qovop dans la baie, ils nous font de grands coucous et nos signes de bonjour en réponse les font éclater de rire ! L’accueil semble chaleureux et notre impatience de rencontrer les habitants grandit. Après quelques coups de pagaie, nous arrivons sur la plage et partons en exploration vers lieu d’où semblaient provenir les enfants.
Nous découvrons alors un village composé de cases de bambous, sans aucune route ni fil électrique. Un village authentique où les poules font la loi dans les rues ! Les habitants sont apparemment presque tous au conseil du village : nous restons à l’écart durant le déroulement du procès de deux villageois ayant été aperçus près du cimetière ! Ici, on peut être accusé de sorcellerie pour simplement se tenir près d’un cimetière !
Rowena, notre interprète en Bislama, parvient tout de même à demander de voir le chef du village qui nous autorisera à visiter le village et nous présentera Sarah, une volontaire américaine qui travaille pour l’école du village. Nous avons le droit au tour complet du village, et nous serons même invités à venir boire le Kava local dans le kava-bar du village. Le kava est une plante dont on pilonne les racines pour en extraire la sève qui est mélangée dans un bac d’eau. Nous avions essayé le Kava aux Tonga sans ressentir aucun effet… Ici ce n’est pas la même ! Après 2 ou 3 bols de Kava nous voilà grisés, repartant en zigzagant de nuit à travers le village pour rejoindre le bateau !
Le lendemain nous reviendrons au village pour livrer à la bibliothèque de l’école les manuels ramenés de Nouvelle Zélande. Les livres scolaires et le planisphère que nous amenons reçoivent un accueil chaleureux, il est vrai que l’école ne dispose pas de beaucoup de matériel. Les enfants sont surtout épatés par le planisphère et cherchent à placer la France et les pays toujours en lice pour la coupe du monde de football!
Dans l’après midi nous allons nous promener pour découvrir le village voisin où nous faisons une rencontre étonnante. Nous sommes présentés à la star locale : Kali. Kali est en effet champion du monde de boxe poids moyen ! Rien que ça ! Afin de faire profiter son village de son succès, Kali a bâti l’église du village, ainsi qu’une scène pour les cérémonies et un réservoir de récupération d’eau de pluie. Il a même ramené un groupe électrogène, une télé et une parabole ! Nous sommes donc conviés à revenir le lendemain matin pour regarder la demi-finale de la coupe du monde « Espagne-Allemagne ». Nous reviendrons donc à 4h30 du matin, pour regarder le match dans ce village de cases… Un moment inoubliable ! Après la victoire de l’Espagne, nous accompagnons les pêcheurs du village dans le cadre de nos reportages « les hommes et la mer ». Le fruit de cette pêche sera dégusté le midi même lors d’un grand barbecue commun au village…
Ce sera la tête pleine de belles images et de rencontres inoubliables que nous hissons les voiles le lendemain pour la prochaine destination : Melipe Bay, sur la côte sud de Malekula à 5h de navigation à peine.
Melipe Bay :
Melipe Bay est une petite baie bordée e deux plages : une de sable noir, une de sable blanc. Nous débarquons à terre chargés d’une boîte de manuel scolaire et allons à la rencontre des villageois. Encore une fois l’accueil est très chaleureux et nous sommes suivis d’une cohorte d’enfants durant notre visite du village ! Ils joueront en riant aux éclats avec notre annexe, et se bousculent même pour la mettre à l’eau ou la remonter à terre pour nous ! Le chef du village nous invite à venir participer à une cérémonie se déroulant le lendemain.
En effet, un décès à eu lieu 5jours auparavant, et la tradition veut que 5 jours après la mort et l’enterrement du défunt une fête ait lieu pour célébrer la fin du deuil de la famille. Ce n’est qu’après ces 5 jours que la famille est autorisée à nager de nouveau, et tout le village prépare des plats locaux partagés par tous. Nous passerons donc le lendemain à manger du lap-lap (galette de manioc), boire du kava et se balader dans la jungle. Dans cette forêt luxuriante nous degusterons des pamplemousses, des fruits de cacao (délicieux !), de la cane à sucre et autres… Nous seront guidés et accompagnés de Sani, un habitant du village voisin et directeur de son école. L’école de Sany, située à Caroline Bay, est une école française. Sany est donc parfaitement francophone et nous explique la culture locale.
Le lendemain, un dimanche, nous marchons jusqu’au village de Sany pour assister à la fin de la messe locale et dire bonjour à notre ami. Ce village francophone situé à une heure de marche par la plage est très beau. De nombreux arbres fruitiers bordent les maisons, et les plans de vanilles poussant de partout parfument l’air. C’est encore une fois chargés de fruits que nous reviendrons au bateau !
Après une bonne sieste digestive que ne sera pas de trop, nous hisserons les voiles en début de soirée. Encore une fois nous quittons ce mouillage heureux des rencontres que nous y avons fait. Chacun de ces endroits mériterait de s’y arrêter plusieurs semaines ! Mais l’île d’Ambrym nous attend et nous filons à bon rythme dans la nuit, longeant la côte sud de Malekula.
Ambrym :
Après quelques minutes de navigation, nous apercevons un halo rouge au loin… Tiens, la lune se lève ! 20 minutes plus tard, le halo n’a toujours pas bougé… Hum Hum… La lune semble être bloquée ! En regardant plus attentivement, nous nous apercevons qu’il s’agit en fait du volcan d’Ambrym ! Situé à 40 miles nautiques à vol d’oiseau (70km), le volcan est si actif que l’on aperçoit son halo d’ici ! Nous naviguons donc toute la nuit, éclairés par la lave de Maroum (de son petit nom). Au petit matin, après avoir remonté deux petits thons, nous longeons l’île d’Ambrym et ses deux cheminées impressionnantes. Arrivés au nord-ouest, devant le village de Ranon, nous jetons l’ancre dans 4 mètre d’eau parfaitement claire au fond de sable noir.
Nous irons une fois de plus directement à l’école pour distribuer les livres et planisphères aux enfants, et une fois de plus nous aurons un accueil fantastique de la part des enfants et des instituteurs ! Après avoir bien discuté avec le corps enseignant de l’école, nous marchons le long de la côte pour rejoindre le prochain village : Vetlam.
C’est à Vetlam que se trouvent les guides et le départ du trek menant au volcan. Sur le chemin nous longeons une petite crique d’eau turquoise entourée de falaises, baie idyllique ! Nous ne pouvons résister et nous sautons à l’eau, conscient de notre chance de se trouver dans un tel paradis. Une fois séchés, nous reprenons notre chemin et arrivons enfin au village. Nous discuterons avec les guides, mais il faut apparemment voir directement avec le chef guide, absent ce jour là. Qu’à cela ne tienne, nous revenons le lendemain, suivant toujours notre rituel de la baignade dans la petite crique et rencontrons le chef guide. Nous convenons d’un prix et fixons notre départ pour Maroum et son lac de lave aux alentour de 12h le lendemain.
Le lendemain, pour la troisième fois, nous retournons à Vetlam, sacs à dos chargés et fin prêts pour notre ascension. Bien entendu, un petit saut depuis les falaises dans l’eau s’impose, histoire de se rafraîchir avant d’attaquer la grimpette. Nous retrouvons alors Sendy notre guide et nous nous enfonçons dans la jungle, chaussés de tongues comme tout marcheur bien équipé !
Nous longeons une multitude d’arbres fruitiers, des cocotiers et des Banians impressionnants. Sendy nous montre comment trouver de l’eau douce : il coupe un bout de liane (5 cm de diamètre et 60cm de long) et boit directement l’eau qui en sort ! Nous y avons aussi le droit, et nous sommes bluffés ! Au centre de la liane se trouve de l’eau douce et non de la sève ! Quelques mètres plus loin, nous apercevons des statues taillées dans le bois abandonnées et recouvertes de végétation… Ambrym a une tradition de sculpture sur bois, et l’on trouve de partout ces totems abandonnés, donnant un aspect « Indiana Jones » à la jungle locale.
Après 3 heures de marches dans le « bush », nous atterrissons dans la plaine de cendres, et approchons le pied du cratère. Nous déposons nos sacs au campement et allons gravir le cône du volcan pour tenter d’y apercevoir la lave… Après une demi-heure de marche dans ce paysage à couper le souffle, nous arrivons sur le bord du cratère… Nous restons bouche bée ! En contrebas, le lac de lave bouillonne et envoie de longues projections s’écraser sur les flancs intérieurs de la cheminée. Après quelques minutes passées à regarder hypnotisés la lave, un homme débarque et commence à nous parler : la chance est avec nous et il s’agit d’un vulcanologue français venu de Nouméa. Il nous explique alors que ce que nous voyons est tout bonnement exceptionnel ! Il n’existe que 4 lacs de lave actifs dans le monde : Un en Antarctique, un en Ethiopie, un au Congo et Maroum à Ambrym. Parmi tous ces lacs, Maroum est le seul à bouillir de la sorte et à être si actif ! Ce volcan n’avait plus été si actif depuis 1986, et là encore le lac faisait seulement la moitié de celui que nous admirons à l’instant ! Quel coup de bol de tomber sur un « Arun Tazieff » ici ! Nous resterons jusqu’à la nuit pour admirer les jeux d’éclairage du volcan, ce même éclairage que l’on apercevait 40 miles nautiques avant d’arriver ici !
Après une bonne nuit dans une cabane sur un matelas finalement peu confortable de feuilles de cocos, nous redescendons doucement vers la côte. Nous remercions chaleureusement Sendy de nous avoir guidés, et celui-ci nous invite à une fête dans son village qui sera donné le lendemain. Ok ! Après un repos bien mérité, nous farnientons au bateau avant de rejoindre Vetlam pour l’évènement. Nous avons droit à des assiettes de lap-lap et du cochon que les garçons du village son allés chasser la veille, délicieux ! Plus tard dans la soirée, le « string band » local viendra jouer quelques musiques. Style musical unique, nous sommes épatés et savourons cet instant que nous savons précieux.
Le lendemain, nous hissons les voiles pour revenir à Efate, car Rowena doit malheureusement prendre son avion et rentrer en en Nouvelle Zélande. En chemin nous nous arrêterons brièvement dans une baie où surgissent des sources d’eau chaude. Nous y prendrons un bon bain chaud avant de reprendre la mer. Nous tirerons quelques bords avant de rallier une trentaine d’heures plus tard Efate. Après avoir dit au revoir à notre amie, nous préparons l’avitaillement du bateau en vue de notre descente sur la Nouvelle Calédonie via les îles du sud Vanuatu. Nous partirons le lundi 26 juillet, et nous nous relaxons en attendant cette date. Nous attendons également Marion, une amie de Nouvelle Zélande (encore !) qui nous rejoindra de Port Vila à Nouméa.
Nous vous donnons donc rendez-vous à Nouméa pour le prochain journal de bord : Sud Vanuatu, îles de la Loyauté, île des pins et Nouméa !