Les chiffres clefs de la traversée |
Nombre d'heures moteur | 81 h 45 Ouf |
Temps du parcours | 18 jours |
Longueur du parcours | 1827 milles nautiques |
Vitesse moyenne | 4 noeuds |
Poissons pêchés | 3 Barracudas + 1 Daurades + 2 relachés |
Distance des Sables d'Olonne | 2000 MN |
Djibouti –> Suakin (Soudan) --> Suez (Egypte) :
Aux portes de la Méditerranée ... et ce n'est pas sans mérite... !
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Samedi matin (23 avril), nous nous levons avec le soleil et réglons les derniers détails avant de partir, rangement de la cabine et surtout : Resserrage de l’Etai (gréement avant) et Pataras (à l’arrière) qui avaient été démontés pour permettre le grutage du voilier.
Une fois ces dernières tâches effectuées, l’heure est au départ. Sous conseil de l’adjoint Mer, Capitaine de vaisseau Demez, nous appelons l’officier de garde de la Base Navale qui, aujourd’hui, s’avère être Vallaire, le patron de Cédric, les chaudronniers de la base qui nous ont bien aidé dans nos travaux sur notre Volvo !
Il est 9 h et nous avons enfin hissé les voiles vers le détroit de Bab-El-Mandeb.
L’officier nous indique qu’il nous faut contacter les Sémaphores et leur donner notre position régulièrement.
Après un premier essai, nous ne parvenons pas à les joindre par VHF. Mais une demi-heure plus tard, alors que nous n’avions pas fait grand chemin par un vent de force 2 de travers (tribord amure), c’est le Sémaphore des iles Maskali qui nous contacte : « le voilier français pour La Marine de Djibouti »… Nous comprenons qu’il s’agit de nous car les voiliers ne cours pas les eaux dans la zone. Ils nous demandent quelques détails, le nom du navire, nombre de personnes à bord etc…
Ces Sémaphores nous suivrons régulièrement jusqu’à la sortie du territoire nautique de Djibouti en nous demandant notre position.
Deux heures après notre départ, un zodiac fonce droit sur nous, nous devinons qu’il s’agit de marins qui nous ont reconnu de loin. En effet, Yvan, notre maitre apiculteur est à bord, il revient d’une plongée avec des amis et nous suggère d’ouvrir les yeux, un requin baleine avec qui ils viennent de plonger rode encore dans les eaux Djiboutienne, et c’est rare pour la saison ! !
Avant d’envoyer les gaz pour rentrer au port, Yvan et ces collègues nous souhaite bon vent… qui reste très faible pour le moment ! Merci bien et Rendez-vous à Toulon, en effet, beaucoup de nos amis marins seront de retour à la base de Toulon en aout prochain lors de notre passage dans la région et nous serons ravis d’y faire une courte escale afin de les revoir…
Revenons à nos moutons, ou plutôt, à notre requin… Malgré notre concentration extrême sur la surface des eaux, nous n’apercevrons pas ce requin Baleine, qui manquera définitivement à notre album photo de Djibouti !
Le vent est faible et contraire, alors que nous sommes en pleine baie de Tadjoura, il nous faut virer de bord et passer bâbord amure.
A 14 h 20, une casse heureusement sans gravité nous refroidit fortement… le bas-hauban arrière (à Bâbord) lâche au niveau du sertissage. Les brins extérieurs du câble ont tous lâchés !
QUELLE POISSE ! !
Comment ce hauban peut céder alors que les gréements ont moins de trois ans (refait avant la première mise à l’eau) ? ? ?
Nous décidons de le remplacer temporairement par un bout souqué à bloc, ça fera l’affaire jusqu’à une prochaine escale technique en réduisant la voilure de ce bord, le mat ne forcera pas !
Fort heureusement il s’agissait d’un bas-hauban, qui reprend le mat à sa moitié (sous les barres de flèches) et non d’un gréement repris à la tête de mât… Nous aurions eu fière allure à revenir à l’escale Marine avec un mat en deux morceaux ! !
Maintenant, la question est, dans quel état sont les autres gréements ??
Invérifiable au niveau du sertissage, ils sont peut-être tous rongés par la rouille comme celui-ci !
Bref, positivons, le soleil est revenu… au moins…
À la nuit tombée le vent tombe, nous démarrons le Volvo pour deux petites heures.
Puis vers 19 h 30, le vent semble revenir, mais ça ne dure pas, nous tentons de redémarrer le moteur, mais en vain, quelque chose empêche la bonne rotation de celui-ci et les batteries peinent à l’amorcer…
Nous pensons que puisqu’il est chaud, les pièces refaites (au niveau de l’accouplement avec la boite de vitesse) se sont dilatées et ceci fait forcer la rotation… Espérons qu’après plusieurs heures celles-ci prennent leur place (même chaude). La théorie est vérifiée, le surlendemain, moteur à froid, il redémarrera au quart de tour.
Fort heureusement, le vent revient définitivement quelques minutes plus tard. Nous permettant de faire route et sortir de la baie !
William préparant le diner ouvre une boite de sardine, et c’est alors que nous péchons notre premier poisson. Un barracuda nous régalera, Ce soir, ce sera double ration pour fêter le départ !
Positivons, tout n’a pas été morose dans cette première journée ! !
Le lendemain matin, nous passons les Iles des Sept frères et dans la nuit, William remontera une daurade d’environ un mètre. Celle-ci sera mise en boite dans la matinée.
Cette journée de Pâques sera sous le signe du vent… Nous filons à près de 8 nœuds de moyenne poussés par les courants et un vent arrière de force 3-4 ! ! La mer se creuse et ça envoie dans Bab El-Mandeb !
Dans la nuit le vent tourne contre nous, et forcit à force 3-4, histoire de soulager nos gréements, nous sommes contraints à prendre un premier ris, puis un second quelques heures plus tard.
Lundi matin, alors que nous sommes définitivement en Mer Rouge, un second barracuda est ferré avant le lever du jour. Déjà trois poissons en deux jours ! Nous reprenons vite gout à la pêche et aux repas bien garnis !
Au lever du jour et changement de quart, le vent tombe et laisse place à la pétole. Nous ferons tourner le moteur près de 10 heures ce jour-ci. Puis le vent revient faiblement dans l’après-midi. Nous ratons même une daurade qui se déferre en se débattant comme une acharnée !
La journée est très chaude, sans un brin d’air, même à l’ombre sur le pont, c’est intenable. Avec le moteur tournant à l’intérieur, le thermomètre affiche 39 C. Le vent monte petit à petit dans la nuit
Le lendemain, malgré le manque de vent qui nous force à allumer le moteur, l’air circulant rend ce jour bien plus agréable. Dans la matinée, nous sommes à 30 MN des iles les plus proches. Beaucoup de petites embarcations yéménites sont dans la zone, les pécheurs sont nombreux, entre 10 et 12 par bateau… Et ils s’approchent de notre voilier en vue de nous vendre du poisson. Ils nous tendent une belle daurade que nous déclinons, ils nous demandent des cigarettes et leur sourire grandit en voyant Manu leur tendre un paquet.
Pour notre part, pas de pêche dans la journée mais à l’heure du diner, alors que le vent réapparait et nous fait vêtir un T-shirt, un petit Barracuda mort à l’hameçon pour le bonheur de nos papilles.
Mercredi 27 avril, RAS : Toujours autant de cargos nous croisent et nous dépassent… Et oui malgré notre peau neuve et un moteur bien révisé, les géants de la mer restent les plus rapides.
C’est Vendredi, alors que nous approchons de notre destination (moins de 100 MN) qu’un vent arrière si attendu fait son apparition. Montant petit à petit dans la matinée, il atteindra environ 20 nœuds réel, nous poussant avec lui vers le nord nord-ouest à plus de 6 nœuds.
Si ce vent continue, il serait opportun de le suivre et nous décidons de ne pas nous arrêter au Soudan et de filer directement sur l’Egypte. Il nous reste encore plein de vivres et nous espérons que ce vent tienne 600 MN de plus.
Pour anecdote, en cette même journée, nous relâchons 2 poissons, un Barac et une daurade que l’on jugera trop petits mais il semble que leurs parents n’aient pas entendu l’appel ! !
Malheureusement, le vent arrière ne tient pas comme nous l’avions imaginé. Dans la nuit alors que nous passons au niveau de Port Soudan, il tombe et fait place à un léger vent de face qui grossit en suivant une courbe exponentielle sur le rapport de l’indication des aiguilles de la montre. Celui-ci s’établira à 30 nœuds dans la journée de samedi finissant le mois en beauté… dur dur, nous avions perdu l’habitude du gros temps. 3ris dans la grand-voile, les vagues montent haut et balayent le pont du qovop tout en rinçant le barreur !
Le vent est bien contraire et nous faisons route 40 degrés plus à l’ouest du Point mais nous avons de la place à notre bâbord et restons tribord amure jusqu’au bout car nos gréements sont encore entiers de ce bord !
De nuit, il nous faut pourtant éviter la cote et nous virons vers le nord-nord-est ! Et même par 28 nœuds de vent, le mat ne se porte pas trop mal bâbord amure.
Deux jours s’en suivent où nous louvoyons pour rallier notre point.
Au près serré, nous parcourons au moins deux fois plus de miles !
Depuis samedi où le gros du front est passé, le vent diminue un peu, dimanche, nous aurons 27 nœuds de moyenne, puis lundi, 24-25 !
Lundi matin, alors que nous nous trouvons plus au centre de la mer rouge et plus près de la route des cargos, nous en croisons un qui change d’ailleurs sa route pour nous éviter. William le remercie par VHF et obtient même un bulletin météo. Le vent restera de cette force et dans cette direction encore deux bons jours avant de tourner !
A l’extérieur, la houle est maintenant bien formée, le pont prend toujours un peu d’eau, le barreur se rince les dents de temps en temps et ça devient un petit train-train quotidien… comme quoi, on s’habitue à tout.
Mardi 3 mai, le vent faiblit à force 2-3 mais reste contraire… les courants l’accompagnent d’ailleurs et nous n’avançons pas beaucoup sur la cible !
Dans la nuit avec un petit regain et virement du vent, nous faisons route directe pour un petit moment mais le vent repasse plein front quelques heures plus tard.
Dans la journée de mercredi, le vent n’est pas plus violent et courants contraires, nous avons du mal à atteindre les 3 nœuds… toujours à côté de la cible ! !
Jeudi 5 mai : la nuit dernière, l’anémo affichait tout simplement « 0 », ce qui nous a contraints à rallumer le moteur. Dans la matinée, nous avons eu un espoir qu’il se réveille enfin mais en vain, il a choisi la grasse-mate... Vers midi, un rapace vient à notre rencontre. Sans aucun doute égaré, car nous sommes à environ 50 miles nautiques de la côte la plus proche, il se pose en tête de mât tout l’après-midi. Plus tard, le vent se lèvera… faiblement et toujours contraire, mais au moins le silence des machines fait le plus grand bonheur de l’équipage !
Vendredi signe le retour du vent… et quel vent… dans la soirée, celui-ci montera jusqu’à 23 nœuds nous obligeant à prendre un ris, puis deux une demi-heure plus tard…
Le troisième ris est pris à 3 h du matin car les bourrasques atteignent les 30 nœuds.
Samedi et dimanche seront deux jours qui se ressemblent, le vent varie généralement entre 23 et 30 nœuds… le pont est rincé en permanence par les vagues et nous sommes en approche de l’entrée du golfe de Suez. Mais nous louvoyons et sommes repoussés par le courant en permanence… Même si notre vitesse affichée indique 5 nœuds, celle sur la cible est au moins divisée par deux.
Nous apercevons de plus en plus de cargos, leur chenal approche. Nous n’atteindrons l’entrée que dimanche soir.
Lundi 9 mai, nous voici dans le golfe de Suez dont la ville se situe encore à 130 miles nautiques d’où nous sommes. Par un vent un peu plus faible (force 5-6 tout de même), nous louvoyons entre le chenal des cargos que nous sommes contraints à traverser de temps à autres et les plateformes pétrolières qui ont poussées comme des champignons dans ce pré bleu. Eh oui, la Mer « Rouge » ne l’est pas vraiment… elle est bleue et particulièrement salée auréolant nos vestes de quarts de taches blanches qui sont bien souvent rincées.
Nous sommes désormais au niveau du 28ème degré de latitude nord, nous avons franchi le tropique du Cancer il y a plus de 5 jours et depuis le mercure s’effondre ! Nous déballons notre paquetage en quête de vestes chaudes, sac de couchages… pour faire face à ce blizzard qui abat la température intérieur de notre canot à près de 20 C !
Mardi 10 mai : Cette nuit le vent a bien soufflé, jusqu’à 32 nœuds en rafale, nous obligeant à remettre le troisième ris relâché lundi après-midi. Mais le vent faiblit dans la journée et retombe entre 18 et 20 nœuds. La navigation, même contre le vent devient beaucoup plus agréable, le pont est sec ainsi que le barreur !
Au petit matin mercredi, le vent retombe totalement. Nous ne sommes plus qu’à une vingtaine de miles de Suez, nous allumons l’engin et à 11 h, nous arrivons à la petite marina de Suez.
Il est pratiquement obligatoire de passer par un agent pour s’assurer le passage du canal, celui-ci s’occupe également de toutes les formalités. Nous lui donnons les passeports et deux heures plus tard, nous voici avec des visas transit (à $15 seulement) qui nous permettent de sortir de la Marina et donc d’aller visiter le coin. Après une session internet à la marina, nous en sortons, une voiture se propose de nous emmener en ville. Car ce n’est pas la porte à côté.
Suez est une grande ville et aux abords de la marina, c’est encore assez propre, mais plus nous avançons dans les quartiers, plus ceux-ci paraissent sales avec des bâtiments dégradés.
Le lendemain et le surlendemain, nous bricolerons sur le voilier… étanchéité du hublot juste au-dessus de la table à carte, car lorsque les vagues tapaient sur le pont à bâbord, un petit jet d’eau (salée) sortait au-dessus du PC de navigation… que l’on protégeait avec de nombreuses serviettes éponge.
Nous avons également refixé le chaumard avant babord (fixation cassée) et le balcon avant dont deux supports sur quatre étaient dévissés voir enlevés…
Enfin, les charnières du hublot de pont avant avaient rouillé et céder lors de la précédente navigation, pas facile à sortir, nous avons finalement réussi à les changer…
Samedi, nous décidons d’aller visiter Le Caire, profitant d’une voiture à la journée (chauffeur inclut). Arrivés à l’aéroport, nous déposons Martin, notre voisin de ponton (Styrr) et le chauffeur nous conduit vers Gizeh, une demi-heure plus tard, nous apercevons les pyramides derrière les derniers quartiers du Caire avant le grand désert du Sahara…
Non habitué des « trucs à touristes » nous passons un bon moment à discuter de comment nous allons visiter le site. Le local nous propose la visite à dos de chameau ou de cheval… Nous ne réussissons pas à le persuader d’une visite à pied… Nous lui louerons donc 3 chevaux car ceux-ci sont apparemment plus rapides que les chameaux… et nous après la visite, nous voulons aller visiter le musée d’histoire naturel très réputé du Caire.
Accompagné de Abdu, notre guide, nous faisons le tour du site en une heure trente passant tout d’abord au pied de la pyramide de Mykérinos, puis Khéphren et enfin la grande pyramide de Khéops suivi du fameux Sphinx.
Dès nos montures restituées à leur propriétaire, nous montons dans la voiture de Mohamed, notre chauffeur pour nous rendre au musée…
Malheureusement celui-ci nous indique qu’il y a des émeutes sur la place principale du Caire où se trouve le Musée… Nous ne comprenons pas son anglais approximatif, mais en téléphonant à Abdu, celui-ci nous explique que la route du centre-ville est fermée par la Police et il nous sera impossible de nous y rendre en voiture… il nous faudrait marcher quelques centaines de mètres pour rallier le musée… compte tenu des risques des mouvements de foules, nous abdiquons et décidons de nous rendre au grand Carrefour que l’on avait aperçu sur la route à l’aller…
La vie étant beaucoup moins chère qu’en Europe, nous y ferons un gros approvisionnement, peut-être le plus gros depuis le départ en volume… (mais pas sur la note finale)…
Les 140 km de retour jusqu’à Suez se feront avec une voiture surchargée, coffre plein à craquer, il nous faut mettre une partie des achats sur nos genoux.
Arrivés à la marina, nous rangeons tout ce gros ravitaillement et nous étonnons que, à part les nombreux fruits (très beaux et très très bon marchés), tout tient dans les placards de notre petit voilier…
Dimanche 15 mai, c’est le temps des lessives avant le départ. Nous planifions de traverser le canal lundi avec un arrêt à Ismailia à mi-chemin dans le lac, puis rallier la Méditerranée dès mardi, où nous mettrons les voiles pour la Grèce, direction les Cyclades où nous allons tenter d’apprendre à danser le sirtaki !