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Les chiffres clefs de la traversée

 

Nombre d'heures moteur

 0 h 30

Temps du parcours

 3,5 jours

Longueur du parcours

 580 milles nautiques

Vitesse moyenne

 6 noeuds

PoissonS pêchéS

2 Thons, 1 lancier

Ua pou –> Rangiroa: Un p'tit gout de paradis

     

Découvrez l'album photo ici


Après avoir fait notre plein de fruits habituel, nous quittons donc Hiva Oa dans la nuit pour filer direction Ua Pou, la dernière de nos escales marquisiennes où nous allons tenter de croiser nos amis de Mandragore rencontrés à Panama.

 

Un léger vent arrière nous pousse doucement vers notre destination, et nous arrivons paisiblement en vue de l’île en début d’après-midi le lendemain. Nous entamons alors un tour de l’île par la côte sud-ouest en espérant voir notre Ketch noir préféré dans une des nombreuses criques de cette île impressionnante. Ua Pou est caractérisée par de nombreuses colonnes rocheuses qui trônent sur les flancs de la montagne la plus haute de l’archipel. Le soir tombe lentement et QoVop, déventé par l’île avance lentement… Pas de Mandragore en vue. Le soir fini par tomber et nous décidons d’aller passer la nuit à Hakahau, sur la côte nord. Après s’être battus plus d’une heure pour franchir le cap hostile au nord-ouest de l’île, tirant des bords contre un vent plein nez force 6, du courant contre et une houle courte, nous nous refugions enfin derrière la digue du port.

 

Le lendemain nous apprenons que Hélène et Laurent se trouvent dans une petite crique à 6 miles de là, et que nous sommes passés devant dans la nuit sans les voir. Ils tenteront de nous rejoindre en voilier sans succès, le cap refusant de laisser Mandragore passer. Ils essayeront alors de passer à pied par la montagne, mais la trop longue marche et une entorse pour Hélène les poussent à faire demi-tour… Ce n’est que le lendemain qu’ils parviendront à nous rejoindre en stop. Tout heureux de se retrouver, nous partageons nos souvenirs de la transpacifique et décidons d’aller passer une nuit avec nos voiliers respectifs devant Haakuti, petit village de la côte ouest.

 

Nous levons donc l’ancre et ramenons à la voile nos amis sur Mandragore avant de filer ensemble dans la crique qui nous laissera des souvenirs inoubliables.

Haakuti est un petit village de 300 habitants, qui ne voit qu’un voilier par an, voire aucun. Nos deux voiliers devant ce petit coin de paradis fait donc figure de fait exceptionnel et l’accueil qui nous est reservé est merveilleux. Partis pour rester une nuit, nous n’arriverons à quitter l’île qu’une semaine plus tard. Les jours s’enchaînent et nous font goutter à une vie douce dont les journées sont bien remplies :

Le matin, nous partons tous à la pêche avec une famille locale : Serge, Pauline et leur fils Vaïtoua. Pendant 3-4 heures, nous chassons sous l’eau et ramassons des oursins crayons, très prisés pour leur chair et leur utilisation dans l’artisanat local. Notre apnée, nos techniques de chasse s’améliorent, et c’est heureux comme des gosses que nous revenons à terre pour vider et nettoyer notre pêche. L’après-midi est généralement consacrée à de petites promenades et à la cueillette de fruits : Bananes, pamplemousses, caramboles, mangues et bien d’autres encore.

En fin d’après-midi, aux alentours de 4-5 heures, nous rejoignons l’équipe du village pour un entrainement à la pirogue. Ici, la pirogue est LE sport. Un bon rameur polynésien a la même notoriété qu’un footballeur chez nous. Nous apprenons à ramer sur les V6 et les V1, qui sont des pirogues respectivement 6 et 1 places. Nous vivons alors des instants magiques à ramer tous ensemble au coucher du jour dans ce décor grandiose.

Bien usés, nous dinons alors avec serge, sa famille, et ses beaux-parents : Paulin et Martine. Chaque repas est plus merveilleux que le précédent ! Entre deux chansons rythmées par les ukulélés, l’abondance de plats tous plus bons les uns que les autres n’en fini pas de nous impressionner. Poisson cru au lait de coco, poisson grillé, cochon, chèvre, uru au lait de coco, salade fraiche, riz coco, nouilles, beignets de bananes ou encore tartes aux fruits nous font enfler comme des ballons de baudruche. Après ces festins, nous filons généralement sur le terrain de foot où se trouve la « baraque » du village. La baraque est un chapiteau où l’on sert à manger et à boire devant une piste de danse. Sur cette piste, nous admirons les jeunes femmes du village réaliser les fameuses danses traditionnelles qui ont ce pouvoir hypnotisant. Durant les quelques minutes du spectacle, chacun est transporté dans une bulle, bercés par le rythme des percussions.

 

Le seul hic parvenu durant ces quelques jours et qu’une nouvelle fois de l’eau de mer est parvenue à noyer notre moteur en remontant le circuit d’echapement. En démontant le circuit de refoulement, la même pièce que nous avions réparés en Jamaïque se casse et Bat parvient à réparer temporairement la panne grâce à de la super-glue.

Nous trouvons finalement la force de quitter ce petit paradis après avoir accepté un dernier café. Seulement le petit dej’ à la marquisienne est tout aussi copieux que les diners et il nous faudra pas moins de 4 heures pour en venir à bout. Les équipages, couverts de colliers, regagnent enfin leur embarcation pour lever l’ancre sous les yeux tristes de bons nombre des habitants venus sur le quai. Nous hissons les voiles et remercions une dernière fois nos hôtes à grand coup de corne de brume. De jeunes rameurs en V1 nous accompagnent à la sortie de la baie où une bonne brise emmène Qovop et Mandragore en direction de l’archipel des Tuamotu.

 

La grand voile arrisée par 20 nœuds de vent au travers, Qovop file au cap 220 pour l’atoll de Rangiroa tandis que Mandragore vise le sud de l’archipel et disparait au loin. L'océan est génreux avec nous, et nous offre un espadon lancier d'1m75, notre plus belle prise jusque là. Les alizés ne faibliront pas tout au long de cette traversée et c’est à l’aube du 4ème jour que nous apercevons l’atoll de Rangiroa. Deuxième plus grand atoll du monde, Rangiroa offre 2 passes pour rentrer dans son lagon. Après avoir contacté les voiliers présents au mouillage par radio VHF, nous choisissons d’emprunter la passe de Tiputa, apparemment plus profonde.

 

Grande voile dehors accompagnée d’un petit bout de génois, nous rentrons dans la passe au près, avec un courant qui nous pousse en avant. Le vent, de plus en plus au près, se trouve bientôt pile poile face à nous et nous tentons d’accélérer au moteur pour passer, mais le circuit de refoulement brisé à Ua Pou fuit trop et le moteur ne peut pas pousser Qovop… Dérivant sur la droite du chenal, nous voyons le récif approcher doucement et tentons un virement de bord pour nous en éloigner… Mais le voilier en manque de vitesse ne parvient pas à virer et reprend la route en direction du corail ! Bat tente de faire marcher tant bien que mal le moteur, et Will et Manu à la barre essayent de prendre de la vitesse pour un nouveau virement. Il est trop tard pour effectuer un demi-tour en empannant (virement vent arrière) car nous sommes trop près du récif, et le bateau penne à accélérer face au vent… Attendant le dernier moment, nous mettons de nouveau la barre à bâbord toute, et le bateau entame son long virement. Se stoppant nez au vent, nous poussons la bôme à la main pour forcer le bateau à virer, et quelques secondes plus tard, alors que le corail brille 5m devant l’étrave de QoVop, celui-ci vire enfin ! Ouf ! Nous crions de joie et nous éloignons du danger !

Après avoir tiré un dernier bord, nous allons paisiblement jeter l’ancre à la voile dans la baie à l’ouest de la passe. Notre taux d’adrénaline redescend doucement et nous apercevons nos amis de Watermelon rencontrés eux aussi à Panama et avec lesquels nous étions allés aux îles Perlas.

 

En venant nous voir, ils nous disent « chapeau les gars ! On vous a vu rentrer à la voile, c’était osé mais bien joué ! »… On a bien du avouer que c’était loin d’être volontaire et qu’on s’en serait bien passé ! Heureux d’être arrivés et de retrouver nos amis, nous pouvons enfin souffler.

 

Sur l’atoll, nous sommes attendus par la pension Tuanake dans laquelle vit 6 mois par an le grand-oncle de Manu. Alors en France, ce dernier a prévenu tout le monde de notre arrivée et Roger (le patron), sa femme Iris et sa fille Maeva nous accueillent très chaleureusement. A la pension, nous rencontrons toute l’équipe : Alex, Serge et Leeha avec lesquels nous nous lions très vite d’amitié et nous aidons tant bien que mal aux fourneaux ou en bricolant pour les remercier de leur accueil. Nous profitons de la présence de fermes perlières à Rangiroa pour réaliser une interview et des images dans le cadre de nos reportages « les hommes et la mer », découvrant les secrets de la perle de Tahiti que nous garderons jalousement !

 

Les journées s’enchaînent de nouveau entre les fourneaux, la pêche et la plongée au milieu des requins, et Bat passe la plupart de son temps à essayer de réparer le moteur pour pouvoir rejoindre Tahiti. Rangiroa offre malheureusement peut de services en mécanique, mais notre mécano du bord parvient à faire braser la pièce brisée. Il s’attèle ensuite à tenter de résorber une fuite provenant de joints sur les injecteurs usés par les démontages et remontages. Faisant fonctionner le système D, Bat retaille des rondelles dans des pièces de 2 francs pacifique et parvient à réaliser une réparation qui devrait nous permettre de rallier Tahiti où il est possible de trouver les pièces appropriées.

 

Après deux semaines passées ici, nous n’avons plus d’excuses pour traîner la patte et c’est le cœur gros que nous nous apprêtons à quitter nos amis de la pension et leur famille. Ceux-ci nous préparent un délicieux et sympathique repas d’adieu l’avant-veille de notre départ. Encore un grand merci à eux pour leur accueil et leur gentillesse!

 

C’est à l’aube du vendredi 31 juillet, que nous prévoyons de hisser les voiles en compagnie de Mandragore qui nous a rejoint 3 jours auparavant.